Mercredi 22 avril

Même sans cette coupure forcée, j’ignore si j’aurais jamais réussi à percer le mystère de Rana. Quelque chose me dit que je quitterai mon bahut actuel sans l’avoir comprise, et ça me chagrine.

Actuellement, je ne peux définir Rana autrement que comme méchante. Le terme est enfantin – et bien entendu, je ne le lui ai jamais parlé de la sorte – mais je ne parviens pas à décrire son comportement autrement.

Rana n’aime rien tant que provoquer. Ses camarades, ses professeurs. Hurler à l’injustice quand on la reprend parce qu’elle tente de balancer un compas sur sa voisine de devant, et en profiter pour déballer l’intégralité des griefs qu’elle nous porte. Rana est celle qui a trollé mon cours l’autre jour, sans la moindre raison. “J’en sais rien, j’aime bien.” a-t-elle lancé au téléphone quand j’ai appelé sa famille, et lui ai demandé ce qui lui avait pris de hurler dans son micro.

Rana donnera parfois le change. Fera mine d’écouter lorsqu’on lui parlera. Qu’on lui demandera ce qu’elle veut faire. Comment elle voit le monde. Mais elle ne donnera quasiment aucune réponse. Et le lendemain, cherchera frénétiquement sur quel bouton appuyer pour faire péter un câble aux adultes et aux ados qu’elle fréquente.

J’ai enquêté autant que je le pouvais cette année. Auprès de ses camarades, de ses anciens profs, de ses parents. Rien ou presque. Personne n’a l’air d’en savoir beaucoup sur Rana. Qui, pendant ce temps, continue à se complaire dans le chaos.

“Mais pourquoi est-elle si méchante ?” C’est un slogan des années 90, mais aussi une question essentielle. Il y a là un mystère, qui me frustre et la bloque. Parce que, désormais, tout le monde l’envoie bouler.
“Je suis pas une balance, mais c’est Rana qui faisait n’importe quoi dans le cours en ligne monsieur.”

Ils ne se dénoncent jamais, d’habitude.

Rana est méchante. Et ce n’est pas moi qui y pourrai quelque chose.
Quelqu’un d’autre, j’espère.

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