
Je n’aurais jamais autant été en lien avec les parents d’élèves que durant cette période. Ce qui est le cas de 99% des enseignants dans le monde je pense. Mon historique d’appel est bourré à craquer des numéros du papa, de la maman, de la grande sœur, de la tante qu’il faut appeler quand la maman n’est pas là, du voisin qui peut dire à la famille que le professeur a appelé parce qu’il y a des problèmes de téléphone à la maison, et j’en passe. Si ça ne risquait pas d’occuper les deux tiers de mon luxueux loft parisien, j’achèterais bien un paperboard pour dessiner les schémas familiaux de mes diverses classes.
“C’est fou comme on se comprend mieux, Monsieur Samovar, je trouve, m’a dit hier la maman de Saul, dont le fils ne reviendra pas au collège avant septembre. Il a fallu qu’il se passe quelque chose comme ça pour qu’on arrive à communiquer à ce point.”
C’est un commentaire que j’ai reçu, avec plaisir, de nombreuses fois depuis le début du confinement. Et qui, d’un autre côté, m’inquiète quelque peu. Cette proximité établie avec les parents, s’est faite au prix d’une absence totale de distance mise entre ma vie professionnelle et personnelle (le fait que je quitte Ylisse dans quelques semaines m’a largement décomplexé sur le sujet), et dans un climat dont était retiré nombre d’éléments essentiels de nos existences mutuelles : pas d’horaires précis – ce qui permettait de pouvoir répondre quelle quelle que soit l’heure, pas d’interactions directe avec les élèves ce qui, quelque part, apaisait pas mal les rapports avec les familles (ne pas commencer une conversation par “Alors, si Rowan pouvait éviter de mettre feu aux cheveux de ses copains, ce serait chouquette tout plein.” permet tout de suite de détendre l’atmosphère).
Depuis plusieurs années, les tentatives d’inclure davantage les parents dans lla vie du collège se sont multipliées, à Ylisse. Portée notamment par des collègues hyper investis, organisant des visites en cours de parents, et des réunions permettant par la suite d’échanger. Toutefois, les changements sont extrêmement lent. Parce que l’organisation est complexe, laborieuse et en permanence empêchée par énormément de facteurs extérieurs, que la pandémie a levé, pour beaucoup d’entre eux.
La situation regagnant petit à petit un semblant de normalité, c’est également une question que j’aimerais pouvoir continuer à me poser. Comment apaiser et approfondir les relations parents-profs ? Doivent-elles forcément passer par un renoncement d’une partie de notre vie privée où pouvons-nous passer par d’autres moyens, pour apparaître, les uns aux autres, comme des êtres humains dignes de confiance ?