
“Les élèves, il faudra terminer votre conversation sur les maths modulaires ailleurs. D’abord parce que je n’y comprends rien. Ensuite parce que c’est le moment…
– Oh non monsieur !
– Je vous avais prévenu.”
En effet, il est temps que ça s’arrête. Dans les premiers jours du confinement, reprendre contact avec les élèves s’est révélé très compliqué. Serveurs de l’académie en rade, ENT déconnecté, Pronote aux abonnés absents.
Du coup, j’ai téléchargé Discord, j’ai recruté ma petite troupe de geeks, deux ou trois dans chaque classe à l’aide de mails, et réussi, de la sorte, à retrouver la majorité des élèves durant ces temps de troubles.
Les choses se sont calmées, les informaticiens du rectorat ont énormément travaillé et les outils numériques RGPD-friendly (la charte d’utilisation garantissant la confidentialité des données) ont pu être réutilisés ; à ce stade, j’aurais dû supprimer les serveurs.
Je l’avoue, je ne l’ai pas fait. Par pur égoïsme. Parce que j’étais sottement fier de cette petite communauté qui s’était créée et dans laquelle il n’y a eu presque aucun débordement, parce qu’il m’était infiniment plus facile de répondre à leurs questions via ce canal, parce que j’ai trouvé hyper touchant de voir mes quatre classes s’entraider.
Bien entendu, j’aurais tout à fait pu, dû, faire des efforts pour trouver des moyens plus éthiques de pallier à ce logiciel dont certaines conditions d’utilisation sont limites limites limites. Ça a été mon dysfonctionnement réconfortant, durant le confinement.
Cette possibilité de rester en contact avec les mômes. De partager avec eux quelques conversations plus informelle. De les voir, derrière leurs avatar One Piece ou Aya Nakamura, s’échanger des vidéos sur l’histoire des pyramides, me demander si cette nouvelle était vraie ou pas, rappeler aux autre que vite, il y a classe d’anglais, et qu’il faut venir. Ça a été mon lien avec eux.
La parenthèse s’achève, sans le moindre regret. Elle a duré ce qu’il fallait, et j’ai la faiblesse de croire que cette faute de ma part a été un appui pour les élèves. Un entre-deux où les cours du cahier de texte étaient relayés, et où on pouvait aussi demander au prof, smiley qui rigole, smiley qui transpire, comment ça se passait chez lui, parce qu’à la maison, chez eux, c’était pas toujours facile.
Rideau et retour aux visages des élèves, lundi prochain. Si je peux les voir, alors ces serveurs n’ont plus de raison d’être.