Lundi 22 juin

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Question : qu’est-ce qui a changé lorsque l’on retrouve une classe dont on a été le professeur principal durant un an, dont trois mois de confinement ? Une classe dont on a appelé chaque élève deux fois par semaines. Dont on a appris un peu plus, au niveau de la vie familiale. Qui nous ont confié leurs difficultés à suivre, dont on a réussi, parfois, à intégrer les parents dans le parcours scolaire ?

Dans le cas des Quatrièmes Avaltout : rien. Rien n’a changé du tout. Ce matin, il n’y a qu’un absent et la première chose que je fais est de me prendre la tête avec Yaël, qui refuse de retirer sa casquette. Il vient m’expliquer en grimaçant qu’il a honte de sa coupe de cheveux récente, qu’à cause du confinement, sa mère lui a rasé les cheveux elle-même, que c’est horrible. Par solidarité de déroute capillaire, je le réconforte, il explose de rire. C’était bien entendu une connerie, et Monsieur Samovar recommence en tombant dans le panneau.

Le reste est à l’avenant : mauvaise humeur et mauvaise foi. “Alors vous les profs, vous nous faites revenir juste pour travailler.” “Wesh pourquoi on met les masques dans ce collège, dans le collège / lycée / ranch de ma cousine / yorkshire / alpaga on le met même pas, les profs y forcent !”
Quatre minutes ne se sont pas écoulées que j’ai déjà dû empêcher trois fois un masque de servir de lance-pierre et reprendre trois écarts de langages, reprises saluées par des rires gras “Ah ouais c’est vrai le prof, il aime pas qu’on parle comme ça !”

Vague de découragement. J’aimerais trouver du réconfort à, quelque part, m’émerveiller devant la force de ces élèves qui, malgré une pandémie, malgré un virus qui a frappé certaines familles de plein fouet, ne changent pas. J’aimerais trouver du réconfort dans les yeux des six élèves qui me regardent, toujours aussi gentiment, avec toujours autant de compassion.

Mais ça n’est pas facile. Parce que je dois demander à deux autres mômes de ne pas retirer leurs masques pour s’amuser à faire des postillons, à une autre de ne pas se lever pour aller tirer les cheveux de sa copine.

Et tout ça juste pendant que je leur distribue leur emploi du temps.

Je hausse les épaules. Et déroule mon cours, en assurant un degré minimal de concentration. Pour eux, c’est le maximum que je puisse faire, durant ces deux dernières semaines : être prof.

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