Mardi 23 juin

Nouvelle journée en dentelle au bahut : les arrivées échelonnées d’élèves, chargées de maintenir le virus à distance calent des plages de trente minutes à une heure et demie de délais entre deux cours. Arrivée échelonnée dont je constate rapidement toute l’efficacité : à partir de 14 heures, les élèves zonent devant le bahut, accueillant ceux qui viennent en cours à grand renfort de papouilles, balayettes et postillons (”Papouilles balayettes et postillons”, le prochain best-seller de la rentrée littéraire). 

Et bien entendu, dès qu’ils passent la grille, nous, adultes, les vaporisons consciencieusement de solution hydroalcoolique, nous battons pour qu’ils conservent leurs masques (”au-dessus du nez !” le prochain tube de l’été) et qu’ils se tiennent éloignés les uns des autres.

Tout cela donne une ambiance étrange. Le collège Ylisse flotte avec ses règles, à la fois vide et plein, tandis que les profs errent, un peu médusés, se demandant comment employer le peu de temps qui reste.

Par masochisme, j’ai décidé d’entamer l’étude de quelques extraits de Roméo et Juliette avec les quatrièmes Avaltout qui, après la séance horrible d’hier, se montre plutôt bien disposés à un voyage au cœur de Vérone. Surtout quand, imitant le mieux possible R., ma prof de théâtre, j’exige qu’ils lisent la première scène, extrêmement bouffonne, du ton le plus naturel possible. “NON ! Vous parlez pas comme ça quand vous menacez un camarade ! Recommencez !”

Les troisièmes Etourvol, eux, poursuivent leur voyage dans les landes venteuses d’Angleterre avec Emily Brontë. “Ça fait du bien, la pluie et le vent, avec la chaleur, là.” s’exclame Irina qui a décrété qu’elle baisserait son masque à chaque fois qu’elle a besoin de parler.

Je rentre en RER avec T., en pleine préparation pour les oraux qui lui permettront peut-être de quitter l’enseignement. En route, j’apprends que L. a également obtenu sa mutation. Nous devons être une quinzaine à quitter le collège.

En ce début d’été, tout se fragmente.

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