
Comme il existe une grammaire du français, il y a également celle des gestes, en classe. Gestes que l’on fait pour ne pas s’interrompre, pour émettre un message qui a tellement été oralisé, tellement répété qu’il se passe de mots.
Un doigt sur les lèvres pour indiquer que ce bavardage-là est déplacé. Un froncement de sourcils quand le niveau de langue n’est pas adapté. Un geste du doigt lorsqu’un élève cherche un crayon, tombé par terre, et qu’on ne veut pas interrompre le fil de son explication.
Et puis les masques sont arrivés.
C’est fou comme on s’habitue rapidement. Le doigt qui part du menton et remonte au-dessus de la bouche.
“Je vous présente mes excuses, je ne devrais pas faire ça.”
Les mômes me regardent, haussent les sourcils.
“On vous a dit de porter le masque. Ce n’est pas négociable, mais il faut quand même qu’on rappelle des règles. Juste pour être sûr que tout le monde comprend, et est au même point.”
Alors, on prend quelques minutes pour parler de cette nouvelle contrainte. De cette obligation. Quand on est prof, il est tellement facile de faire appliquer une règle sans aller la creuser un peu. Parce qu’on n’a pas le temps, parce qu’on a autre chose à faire, parce qu’on est pas payé pour ça. Parce que ce sera laborieux (Hilda conteste. Bien évidemment. Et Lorenzo se rebiffe.)
Mais toujours, toujours mettre des mots. Et aussi rappeler que cette situation dans laquelle nous étudions n’est pas normale. Qu’il faut faire attention à la vitesse à laquelle on accepte les choses.
Bannir le petit geste du doigt.