
Coup de flip, ce matin. J’entends les collègues parler de leurs projets pour l’année prochaine. Tout un tas d’idées, toute plus enthousiasmantes les unes que les autres. Ils sont tellement drôles les collègues. Jeunes aussi, ils ont la pêche. C’est ça qui fait que je me renouvelle aussi souvent, si ça se trouve, ailleurs, ça ne sera pas le cas.
Coup de flip ce matin. Les cours se passent vraiment bien, même malgré les circonstances et le combo “fin d’année, chaleur, masques sur la tronche”. Parce que j’ai tissé des liens forts et subtils avec les élèves dYlisse. Que je sais comment atteindre la plupart. Et que, peut-être, je ne saurai pas comment faire ailleurs.
Coup de flip ce matin. Si ça se trouve, je serai malheureux en Bretagne, c’est une mauvaise idée. Si ça se trouve, comme toujours, je vais casser ce qui marche très bien juste parce que ça se fait, parce que la société l’exige de moi.
Coup de flip ce matin.
Coup de flip bien connu des profs. Je lui ai donné un nom, dans mon petit théâtre intérieur. Je l’appelle le syndrome Iseult. Iseult est une collègue que j’ai rencontrée au collège Criméa, avant Ylisse. Prof de lettres classiques, brillante, amoureuse du latin, et totalement bordélisée par ses élèves, un public voisin de celui d’Ylisse. Avec son pedigree et le nombre de points dont elle disposait, Iseult aurait pu prétendre à n’importe quel bahut un peu pépère de la région.
Seulement Iseult avait peur : “Bon, ici c’est pas facile, mais au moins je sais ce que j’ai.” riait-elle, quand je venais la voir, après des cours qui s’étaient terminés par des impacts de tables balancées contre le mur que nos salles avaient en commun.
Jamais je n’ai méprisé Iseult pour cette peur, dont je sais, particulièrement aujourd’hui, ce qu’elle a de vrai, et de puissant.
Mais il est hors de question que je cède à ses sirènes.