Lundi 12 octobre

Pour la troisième ou quatrième fois de ma carrière, j’ai réussi à terminer mon chapitre à peu près quand je le souhaitais, à savoir juste avant les vacances de la Toussaint. Du coup, je finis l’étude de “La Belle et la Bête” par le visionnage du film de Jean Cocteau et une comparaison entre cette version et le conte d’origine.

J’ai beau avoir contextualisé le film – après-guerre, peu de moyens, vision avant tout poétique… – les élèves ne me cachent pas que, franchement, ce vieux machin craint. Et leur absence totale de poésie me révolterait profondément si ces années de prof ne m’avaient pas appris quelque chose d’important : l’âme d’enfant, ça se construit. J’ai toujours trouvé très contestable le fait qu’un môme soit un être de lumière, prêt à s’émerveiller de la beauté des choses. Il n’y a rien d’alarmant à ce qu’un élève biberonné à des effets spéciaux capables de créer une planète extra-terrestre et des combats spatiaux fabuleux reste hermétique au maquillage de Jean Marais et s’ennuie lorsqu’il ne se passe rien pendant plusieurs secondes.

C’est aussi ça, le boulot de prof. Leur montrer la magie, derrière le carton. Le regard de la Bête, qui est le même que celui d’Avenant (”Bon, là quand même respect monsieur, c’est le personnage de Gaston, qu’ils ont inventé !”), leur expliquer le truc des chandeliers qui flottent.

Pour qu’à leur tour, un jour, eux aussi s’indignent, quand leurs gamins écarquilleront des yeux incrédules devant cette relique dans laquelle les acteurs surjouent. Et ce film arrosera leur imaginaire, transmis, de génération en génération.

Ce n’est pas très souvent que nous, les adultes, avons le privilège de créer de l’innocence.

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