Lundi 19 octobre

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Juste avant les vacances, alors que je faisais la bande-annonce du cours d’après les vacances – j’aime bien faire la bande-annonce, avec voix grave, musique dramatique et tout – Laszlo m’a demandé, en ouvrant très grand les yeux :

“Monsieur, c’est quoi un mythe ?
– Un mythe, c’est une histoire quand on se raconte pour parler de quelque chose qu’on ne peut pas encore expliquer. Comme la foudre, la création du monde, les guerres…
– Mais alors, les gens ils savaient que c’était pas forcément vrai ?
– Pour beaucoup, oui.
– Et ils vivaient en croyant en un truc faux.
– C’est ce qu’on va voir après les vacances.”

Tout ce que j’aime dans l’enseignement est contenu dans ce dialogue. Rares sont les jours où nous n’avons pas l’occasion, nous profs, de modifier la perspective des élèves.

Littéralement.

Révéler les mythes, en sixième, c’est montrer que le système de réalité dans lequel nous vivons n’est peut-être pas si simple. Qu’on peut y ajouter de la complexité, du paradoxe. Que ça n’est pas à craindre. Et quel que soit le domaine que l’on apprend, c’est ce qu’on fait : manipuler un prisme, dans lequel les mômes découvriront d’autres couleurs, d’autres formes, d’autres dimensions, qui sait.

Je prépare un cours sur les créations du monde. Univers sans cesse reconfiguré, par un Chaos primordiale, des divinités jumelles, par la Nuit.

Et je pense encore, bien entendu, à notre collègue.

Au fait que c’est peut-être, c’est sans doute, cette volonté d’offrir d’autres façons de penser, de montrer le monde dans tout ce qu’il peut avoir de multiple, de complexe, de non une vérité unique n’est pas possible, qui a fini par lui coûter la vie.

Montrer que rien n’est simple. Que la conscience existe pour s’enrichir, s’étendre en se confrontant à l’infini.

Pour le moment, je contemple les mythes.

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