
Nouveauté du changement géographique, je passe régulièrement chez mes grands-parents. Dans leur appartement, au sommet d’une immense tour rennaise, ma grand-mère me fait goûter le pain d’épice “préparé selon la recette de la cuisinière de Georges Sand”, tandis que mon grand-père me parle littérature.
“Je n’ai jamais réussi à lire du Proust, me confie celui qui à près de quatre-vingt-dix ans, peut réciter par cœur une majeure partie du théâtre classique français. J’ai essayé trois fois et j’ai laissé tomber…
– Je pense que j’aurais eu du mal à m’y mettre si je n’avais pas eu à l’étudier.
– Bien sûr. Je n’ai pas eu la chance qu’on me le fasse découvrir en classe.”
L’autre jour, une élève de sixième me demandait pourquoi j’avais choisi de leur faire regarder cette version de “La Belle et la Bête”, qui était somme toute, un peu vieillotte et pas jolie (c’était avant qu’elle me dise que la scène avec la statue de Diane est le meilleur moment de toutes les versions du conte).
“Parce que j’aime bien vous montrer des choses que vous avez des chances de ne pas connaître.”
Pour presque tout enseignant, cette phrase est une banalité. Mais l’écho qu’elle produit entre mon histoire familiale et ce métier arrivé par hasard m’apaise.