Jeudi 22 octobre

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Hier, j’avais cours de théâtre.

Et durant ce cours, Réchana, la meilleure prof de théâtre du monde, expliquait à quel point le sens des mots est important. Qu’on ne peut utiliser de façon indiscriminée l’un pour l’autre. Oui c’est une banalité. Mais ce n’est pas parce qu’une vérité est simple qu’on ne doit pas la répéter.

Surtout de nos jours, quand le Ministre censé être mon supérieur hiérarchique emploie des mots tels que “islamo-gauchisme”. Si le terme a une origine précise, provenant d’Angleterre, il a surtout été emloyé, depuis une dizaine d’année, pour discréditer des pensées sur lesquelles on ne souhaite pas se pencher. Accoler deux adversaires idéologiques par un trait d’union. Facile. Et classique. On a eu le judéo-bolchevisme, en son temps, les anarcho-capitalistes, et j’en passe.

Je ne sais pas si, en employant ce terme à une heure de grande écoute, Jean-Michel Blanquer se rend compte de l’affront qu’il fait à Samuel Paty qu’il évoquait hier avec des trémolos dans la voix. Samuel Paty est mort d’avoir voulu expliquer en quoi consistaient les caricatures de Charlie Hebdo. Il a voulu expliquer en quoi consistait la laïcité, afin que certains cessent de l’agiter comme un épouvantail devant des élèves. Un épouvantail qui s’appelle obscurantisme, approximation, à-peu-près. Un épouvantail qui fait taire la pensée.

Employer “islamo-gauchisme”, c’est aussi vouloir faire taire la pensée. C’est créer de toutes pièces un groupuscule. Ils sont nombreux, aujourd’hui, ces termes qui visent à retirer les visages : “féminazie” (ma soeur m’a confié quelle préfère “féminazgule”), “gauchiasse”, et j’en passe. Je ne crois pas que ce soit faire honneur à l’état français que d’employer, quand on représente la Nation, des mots aussi laids, aussi inutiles, aussi vagues. Des mots que de petites femmes et de petits hommes agitent sur des plateaux télé en se gonflant de l’importance que semble leur donner les caméras.

Je ne suis même plus en colère. Ces derniers jours ont été pour moi une sidération permanente. Mais j’aimerais juste que Jean-Michel Blanquer écoute Réchana, écoute celle qui fut élève de Jean-Laurent Cochet, qui aimait les mots, qui aimait le sens : il faut cesser de dire n’importe quoi. Même si c’est plus facile, même si ça paraît efficace. On fait du mal à la pensée. Au fameux Esprit des Lumières, sans cesse évoqué par nos responsables.

On pense.

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