Lundi 26 octobre

Faut-il parler de Samuel Patty aux sixièmes Akwakwak ? Je n’en sais rien.

Le Ministre de l’Éducation Nationale a annoncé que nous aurions, pour la rentrée du 2 novembre, un “cadrage” clair de ce que nous devrions dire à nos élèves, au sujet de l’horreur arrivée tantôt. (Je signale qu’à ce jour, nous n’avons toujours rien reçu, parce qu’il est bien connu que les profs préparent leurs cours la veille, mais passons).

Mais comme à l’habitude, je me demande si un cadrage national est pertinent. J’ignore comment Amelia, toute petite et terrifiée par tout, recevra la nouvelle, ni la réaction d’Oleg l’imprévisible, que la moindre réaction heurte de plein fouet. Je pense pouvoir aborder le sujet avec les sagaces sixièmes Brindibou. Je ne suis pas du tout sûr de trouver les mots avec les Canarticho, qui ont souvent du mal à saisir la gravité d’un propos.

Nous sommes enseignants, et représentons la Nation, un organisme qui, dans des moments critiques, doit apprendre à réagir de front ; à ce titre, je ferai ce que l’on attend moi, parce que ce qui est arrivé est trop grave pour être passé sous silence. Mais j’espère de tout cœur que les instructions qui nous seront données prendront en compte cette immense disparité entre les élèves. Taillader l’innocence ne doit jamais être envisagé à la légère.

Le 2 novembre, comme toujours, je tenterai de trouver les mots. Ceux qui parviennent à élever sans traumatiser, ceux qui éclairent et ne laissent personne au bord du chemin, comme l’intégralité de mes collègues.

Mais cette équation m’angoisse : comment nommer l’innommable à de jeunes enfants ? Les mots d’une lettre de Jean Jaurès nous soutiendront-ils, ou laisseront-ils Kenneth et Snowe dans un océan de perplexité ? Je l’ignore.

Bien sûr que, pas plus que leurs parents, nous ne pouvons préserver nos élèves de ce que l’existence a d’atroce. Mais, égoïstement, je me dis que lundi 2 novembre, je serai face à 23 sixièmes. Que je n’aurai pas le choix, qu’il faudra être clair, précis, honnête.

Face à un acte qui, du plus profond, me paralyse.

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