Vendredi 20 novembre

Premier jour, ce vendredi, des heures d’accompagnement personnalisé. J’accueille deux fois quatre élèves dont la langue française est en morceaux. Premiers groupes, exclusivement de petits gars qui se ressemblent. Ils ne parlent presque jamais en cours, m’ont tous les quatre appelé “papa” au moins trois fois depuis le début de l’année.

Pour eux, ce sera dictée.

La description de Méduse, son corps de dragon, sa chevelure vipérine. Les lettres sont éparpillées, “épouvantable” coupé en trois mots, les verbes se tordent dans tous les sens. Trois phrases. Que nous remettons patiemment en ordre. Petit à petit, sous les gravats, émerge le visage de la gorgone. Quatre petits archéologues sur un champ de ruine.

L’heure d’après, quatre filles. Dépossédées de leurs voix.

Pour des raisons diverses, elles ne parviennent pas à parler ni lire correctement. Les sons achoppent, elles ne peuvent prononcer correctement les syllabes. Nous partons en expédition vers la maison de Baba-Yaga. Je demande à l’une de lire la description, aux autres de dessiner ce qu’elles comprennent. Et on change à la phrase suivante. Les bouches se tordent, insistent sur le “derrrrrrièrrrrrre”, “enffffffaceeeee”. La cabane improbable montée sur pattes de poulets prend forme.

Deux heures pendant lesquelles il y a beaucoup de rire, de chaleur et quelques brins de confiance tissés.

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