
Depuis le début de l’année, réussir à faire quitter la salle de cours à Levin au moment des pauses est une gageure à la hauteur du quiz “Darmanin, Le Pen ou les deux” ? Lorsque la sonnerie retentit, il rangera ses affaires à la vitesse d’une tortue arthritique et se retrouvera toujours à quatre pattes entre les tables.
“Que cherchez-vous, Levin ?
– Mon stylo / ma ficelle / mon accélérateur de particules portatif.”
Je ne compte pas le nombre de fois où j’ai dû le déloger d’un recoin sombre dans les couloirs ou du petit interstice secret entre les casiers. Levin connaît la moindre cachette à l’intérieur du bahut, c’en est impressionnant.
Bien entendu, au début, je me suis inquiété :
“On vous embête, dans la cours ?
– Non. Je n’aime juste pas être avec les autres, ça m’empêche de me détendre.”
Et là, j’avoue me retrouver encore une fois dans une impasse. Dans mon monde idéal, les établissements scolaires permettraient aux élèves en pause de sortir prendre l’air ou rester dans leurs salles de classe pour bouquiner, papoter ou se reposer.
Mais bien entendu, dans ce monde-là, il n’y aurait pas non plus de vols dans les cartables, de mômes profitant de la non-surveillance pour se tabasser allègrement ou repeindre la salle d’arts plastiques avec de la peinture chouravée dans la réserve.
Malgré tout, bien entendu je déplore que le moment normalement consacré à la détente des élèves soit vécu par Levin et d’autres comme un stress supplémentaire. Stress vécu par des milliers d’élèves depuis des décennies. On me dira que c’est un détail. Que c’est aussi une nécessité que de se sociabiliser. Mais il y a probablement le fameux “élève brimé en moi” dont j’ai déjà parlé (et que je porte, comme absolument comme tout le monde), qui se demande toujours pourquoi il doit sortir parce que lui, lui, monsieur, il est sage et veut juste pouvoir bouquiner un peu.
C’est l’un des soucis les plus mineurs, les plus triviaux, les plus fréquents du métier. Il démange et j’ignore toujours comment y répondre correctement.