Mardi 16 février

Quand arrive la fin d’une période, la semaine avant les vacances où tout est lourd, très lourd, j’aimerais que mon métier soit comme on le représente dans les clichés : un boulot où l’on est un aiguillage, un vecteur. Le prof récupère un savoir, dans un manuel, des notes ou un cours pompé sur Internet et le recrache aux mômes, après un avoir donné deux trois coups de burin. Ni vu ni connu. Et on repart en fin de journée, semblable à celui qu’on était en arrivant.

Parfois j’aimerais. Sauf que ça ne se passe jamais comme ça.

On change. On change tout le temps. Ce que l’on doit apprendre aux élèves passe par nous et nous transforme. Et dans chaque cours, il y a toujours un peu de nous. Ces quelques grammes de souffle, d’enthousiasme et de patience que l’on abandonne aux classes, jour après jour.

C’est ce qui fait que le boulot de prof est beau, et précieux.

Mais c’est aussi ce qui le rend épuisant. Qui fait qu’un prof est une équation bilan à équilibrer sans cesse : trouver des moyens, toujours, de reconstituer ce que l’on a perdu. En lisant, en retrouvant des amis, en jouant… en retirant sa persona d’enseignant pour nourrir l’humain.

Et quand les jours traînent, quand la fatigue s’installe, se reconstruire devient laborieux. Impossible, certains soirs. Alors on se sent plus petit, plus las, plus gris. D’autant plus que le lendemain, il faudra à nouveau être grand, enthousiaste, bariolé, devant la classe.

Elle est belle cette fatigue. Inéluctable. Elle est compagne de chaque jour.

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