Mercredi 3 mars

Au début du mois de février, comme de nombreux collègues, j’ai eu la joie de voir, sur ma fiche de paie, que mon salaire était augmenté de la rondelette somme de 150 euros.
Ce pactole était, comme le Ministère de l’Éducation Nationale l’a claironné sur tous les toits, la fameuse “prime informatique”.
Sauf qu’en fait non. Nous n’avons pas touché de prime.
“Mais comment ça, tu viens toi-même de nous dire que tu avais palpé 150 boules, qu’est-ce que c’est que cette histoire, hashtag rends l’argent !”
Eh bien c’est là tout le problème. Nous n’avons pas touché une prime, mais une indemnité. Et comme rien ne vaut le retour au dictionnaire, comme le répète régulièrement Chloé Delaume (va lire Chloé Delaume tout de suite), voici les deux définitions de ces termes.
- prime : Somme d’argent payée à un employé en plus de son salaire normal, à titre d’encouragement, d’aide.
- indemnité : Somme accordée en compensation de frais engagés, en réparation d’un préjudice.
La différence est mince (on utilise de plus en plus souvent un mot pour l’autre d’ailleurs), mais capitale. La prime a un côté exceptionnel et subjectif. L’indemnité a un côté obligatoire. Le gouvernement n’a pas fait preuve de bienveillance en nous versant 150 euros, mais a accompli ce que nombre d’entreprises accomplissent pour leurs employés : leur donner les moyens de travailler de chez eux, ce qui est d’ailleurs une obligation d’après le site de l’URSSAF (source : https://tinyurl.com/27xp3c59).
C’est donc avec tous les flonflons médiatiques habituels que nous nous sommes vus octroyer cette indemnité, qui devrait se renouveler tous les ans et nous permettre de nous “rééquiper tous les quatre ou cinq ans” (source : https://tinyurl.com/3ffsy3xt).
Histoire d’être réglo, j’ai fait le calcul 150×5 = 750 euros. Le prix moyen d’un PC portable moyen correct (la mobilité devient essentielle dans la profession) oscille entre 400 et 800 euros, une imprimante de base vaut environ 100 euros et les cartouches environ 40 euros. En étant hyper économes, en n’utilisant que des logiciels libres et en volant des ramettes de papier en salle des profs, je peux éventuellement supposer que ça puisse suffire sur le papier. Par contre, interdiction que le bousin tombe en panne hein !
Toutefois, même en admettant que la somme soit suffisante, cette indemnité soulève un problème étonnant : pourquoi diable notre cher ministère n’a-t-il pas passé des appels d’offre pour acheter à prix de gros des notebooks, ce qui lui aurait permis d’économiser un sacré paquet de thunes ? Au lieu de cela, on laisse les personnels se démerder (d’ailleurs, je me demande si les AED, AESH et autres personnels bossant chez eux ont également été concernés) et on nous présent une mesure tardive et moyennement bien pensée comme un geste d’une générosité folle et une revalorisation des métiers de l’Éducation.
Il faut cesser de tordre les mots et les concepts. Cette indemnité est une bonne nouvelle et son montant n’est pas insultant. Rien de plus. Et certes, dans le contexte actuel, une augmentation, même ponctuelle, du salaire peut sembler réjouissante. Mais ne bradons pas notre sens critique pour autant.