Lundi 5 avril

Parmi les sixièmes Canarticho, il y a celui qui sort toutes ses affaires de son cartable et les met en pile sur la table (les objets les plus petits en bas, les plus imposants en haut).
Il y a celle qui cherche toujours à cacher son manga en s’asseyant dessus et essaye de jeter un coup d’œil dedans quand elle a terminé ses exercices (elle disait l’autre jour à ses copines à quel point elle était discrète, sur ce stratagème).
Il y a celui qui a besoin de parler, parler, parler. Avec qui j’essaye de rester le plus possible, parce qu’il n’y a que comme ça qu’il accepte le travail donné.
Il y a les deux qui bavardent en permanence, même s’ils se détestent dans les couloirs et la cour de récréation.
Il y a celle qui adore le français et le dit à chaque cours, celui qui le déteste et le dit un cours sur deux…
Durant ces deux trimestres de remplacement au collège de Nohr, je me suis aperçu que j’avais attaché beaucoup plus d’attention aux petites manies, aux comportements des élèves que les autres années. Très probablement une façon de compenser l’impossibilité de voir le bas de leur visage.
Et maintenant ? Durant ces quelques semaines de cours indirects, comment est-ce que je vais les identifier ? Par leurs voix, peut-être, ou leurs façons d’écrire.
Le boulot de prof me plaît à ce point parce que je peux travailler avec des êtres humains. Beaucoup. Toujours étonnants, toujours surprenants. Et depuis maintenant un an, j’essaye d’en redéfinir la géométrie, de m’accrocher à ce qui fait que je me sens profondément heureux dans une salle de cl…
Non.
Face à des élè…
Plus vraiment.
Ce qui fait que j’essaye d’apprendre, avec eux. Quoi qu’il arrive.