Lundi 14 juin

Je termine de corriger – en retard je l’avoue – les dernières rédactions des sixièmes Canarticho.

Comme tous les ans, sans que je ne m’en rende compte, la classe de petits sixièmes un peu perdus et effrayés est devenue un groupe de cinquièmes. Ils ont appris, ensemble et individuellement.

Désormais, Ariane n’a plus besoin de l’emploi du temps du cartable que je lui avais fabriqué, elle n’oublie plus jamais ses affaires. Mais elle continue à garder discrètement un manga sur les genoux, même si elle a droit de lire quand elle a terminé son travail. Lino a pris l’habitude de me demander de lui envoyer une photo du cours ou la diapositive, pour palier à ses problèmes de lenteur de graphie. Il y a, dans l’expression de Mia, quelque chose d’un peu plus dur : le collège lui a retiré, comme à beaucoup d’autre, une partie d’enthousiasme. Mais elle continue à participer, à apprendre avec avidité.

Beaucoup ne disent plus “présent.e”, lors de l’appel, mais tout simplement “oui”. Ceux qui ont gardé l’expression la prononcent avec qui de la défiance, qui de la fierté.

Ils demandent moins souvent en quelle couleur écrire. Et tracent aussi leurs traits moins droit. Elles participent un peu moins souvent à l’oral. Et posent des questions de plus en plus pertinentes.

Comme tous les ans, sans que je m’en rende compte, ils grandissent, parfois brutalement. Et même le masque ne peut dissimuler les gestes qui se confirment ou s’alourdissent, les voix qui, déjà changent de timbre.

Les sixièmes Canarticho vivent la fin de leur groupe. Des lettres ont été envoyées, ils aimeraient, ai-je entendu dans les couloirs, “garder la même classe”. Les mêmes profs, les mêmes matières, aux mêmes heures. Et si, en fait, on continuait sans rien changer ?

Toutes et tous vont encore devoir affronter des mutations. Mais quand, dans quinze jours, je leur dirais au revoir, je partirai serein, pour la quasi-totalité d’entre eux. C’est rare.

Et précieux.

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