Mardi 15 juin

C’est officiel : je serai à nouveau TZR l’année prochaine. Pas vraiment une surprise même si, je l’avoue, j’espérais un improbable retournement de situation, qui m’aurait laissé le sourire aux lèvres. Mais bon, les ressources humaines de l’Éducation Nationale ne s’accommodent pas vraiment des fantasmes netflixiens de ses agents. J’ai obtenu, comme cela était prévu, ma mutation vers la Bretagne l’année dernière, j’attendrai, comme cela est prévu, plusieurs années avant d’obtenir un poste fixe. Et en attendant, je croiserai les doigts pour que la route jusqu’à mes diverses affectation ne soit pas trop tortueuse.
Et puis j’ai trente-huit balais, suis en bonne santé et n’ai pas vraiment à me plaindre de ma situation.
Mais là est tout le problème : l’Éducation Nationale, qui se souhaite, d’année en année, plus inclusive, plus accueillante, est de plus en plus rude avec ses agents. Je ne parle aujourd’hui que de l’enseignement – qui est la profession que je connais le mieux – mais il ne s’agit bien entendu pas d’un cas isolé.
Je pense aux jeunes enseignants, qui se doivent, en quelques mois, de créer des attaches dans une région qu’ils n’auront pour la plupart pas choisies. Et qui se devront également de s’adapter matériellement. Logement, achat d’un véhicule – il devient de plus en plus difficile d’enseigner sans – préparation de cours au dernier moment, lorsque l’on connaît son affectation la veille ou le jour de la rentée…
Je pense aux collègues à qui il faut plusieurs années pour rejoindre une famille se trouvant dans une autre région, ou un autre département.
Je pense à ceux qui restent, année après année, dans un bahut qu’ils supportent de moins en moins, de crainte, par un manque de connaissance du système des mutations (à côté desquelles les règles de Diplomacy, c’est petit jeu), de se retrouver balancé pour une décennie dans un lieu incongru.
A tous ceux-là : promis, ces déceptions ne sont pas une condamnation. Demandez de l’aide, ne restez pas seul.e. Dites-vous aussi que votre vie entière ne sera pas déterminée que par cela. Que vous allez trouver des possibilités, poursuivre votre vie. Ça ne rend pas la situation actuelle plus acceptable. Mais elle ne doit pas vous empêcher d’être.
A notre hiérarchie, qui se targue de “mettre l’accent sur la mobilité des personnels”, d’après le rendez-vous de carrière d’une collègue… Si vous pouviez penser aux personnes.