Mercredi 2 mars

“Et est-ce que ça comptera dans la moyenne ?”
Depuis que je suis à Hoshido, la question revient avec encore plus d’insistance que Tartelette-le-lapin quand elle veut des câlins. J’ai réussi à dédramatiser le concept de moyenne avec l’une des classes mais avec les trois autres – même celle évaluée par compétences exclusivement – rien à faire.
“Mais monsieur, la moyenne c’est un trésor.”
Miranda n’élève jamais la voix. Observe le monde autour d’elle d’un air détaché. Et continue à lire ses mangas sur ses genoux, dès qu’elle a terminé, beaucoup trop vite, ses activités.
“Comment ça ?
– Ben mes parents, si je leur dis que je sais conjuguer le subjonctif présent, ils vont pas comprendre. Mais si je dis que j’ai 17/20, là ils seront contents.
– C’est ça, c’est ça ! opine Chaco en baissant comme d’habitude son masque pour parler. Et même, c’est encore mieux si c’est 17/20, ils trouveront ça mieux que si c’est… eux… 8/10 ?
– 8,5.
– Voilà, 8,5.”
Je m’appuie sur le bord d’une table.
“Mais on en a déjà parlé, non ? Vous travaillez pour vous.
– Ben oui mais c’est pas vous qui vous faites gronder. Et puis dans les bulletins, les profs ils sont pas content, quand la moyenne elle est basse.”
J’ai à peu près la même conversation dans la classe évaluée par compétences. En remplaçant les chiffres par des couleurs. Et, quelque part, j’ai autant de compassion pour la moyenne, cet outil nullissime mais dont on ne parvient pas à se débarrasser, que pour les élèves. Traduire ce que les mômes font six heures par jour en chiffres – un seul chiffre, pour la moyenne générale ! – c’est dérisoire. C’est nul, même.
Mais comment expliquer ce que l’on fait, pendant tout ce temps. Même cette fameuse évaluation par compétences est imparfaite. Ce que nous faisons avec les mômes est tellement complexe, tellement différent. Il me faudrait des heures avec les parents de Tara, qui ne parlent pas français, pour expliquer que l’année de cinquième de leur enfant est à la fois hyper positive au niveau de l’apprentissage de la langue mais laisse aussi entrevoir des lacunes importantes. Que le fait qu’Ivan développe des compétences sociales est, pour le moment, plus important que sa maîtrise de la rédaction.
Mais il est aussi essentiel de faire comprendre que le fameux “socle commun de compétences” n’est pas dépourvu de fondements. Qu’il y a des piliers de connaissances communes sans lesquelles on s’entend difficilement.
Et comment refléter tout ça ? Pour des élèves encore jeunes, pour des parents soumis à mille autres complexités ? Alors oui, il est rassurant, ce simple chiffre… Cette moyenne. Ce trésor.
Trésor vicié.