Vendredi 11 novembre

E. est prof dans le lycée dans lequel j’ai exercé, et l’une des forces de travail les plus absolues que j’ai jamais rencontré. On lui file souvent la charge de tuteur et il a déjà été chargé de mission.
Et ce soir, devant une pinte d’IPA, il peste.
“J’ai besoin de tes conseils.”
Devant ma propre pinte – de blanche, l’IPA et moi, ce n’est vraiment pas une histoire d’amour – j’en reste comme deux ronds de flanc. Ce collègue qui me semble avoir atteint le dernier niveau du jeu me parle d’une séance qu’il n’arrive pas à passer à ses secondes.
Et puis très vite, je me reprends. C’est absolument normal, au fond. J’aimerais d’ailleurs que nos responsables nous voient, là, avec notre bière et toutes nos interrogations, ceux qui pensent que nous disposons d’une réserve de cours. Le prof de lycée agrégé, brillant, aux multiples fonctions et moi-même, en train de nous poser des questions, de réfléchir comme des néo-titulaires à la veille de leur premier cours.
Ce ne sera jamais stable. Ce ne sera jamais certain. On construit sur du sable, qu’une vague viendra effacer, ou dont l’empreinte restera, sans que l’on comprenne pourquoi. On est à la veille d’un week-end de trois jours, on a des milliers de choses à se raconter, et pourtant on passe du temps là-dessus.
Et ça me va. Parce que j’ai la chance de faire un boulot qui m’importe. C’est chouette.