Samedi 6 mai

J’avoue que je l’ai fait pour me la péter.

L’autre jour, alors que nous terminons le cours sur la presse avec les quatrièmes par une évocations des fausses nouvelles, les élèves rigolent en disant que, même si on trouve un numéro de téléphone dans les mentions légales d’un site, rien ne prouve que ledit numéro est vrai tant qu’on ne l’a pas essayé.

Je leur adresse un grand sourire et sort mon téléphone.

“Non, vous allez pas le faire !”

Je le fais.

Ça ne m’arrive pas souvent, une fois par an ou tous les deux ans, mais ils reviennent régulièrement, ces moments où je vais poser un geste. Pas particulièrement rigoureux ou éducatif, juste un peu impressionnant pour eux. Le genre d’action dont je sais qu’ils parleront dans le bus scolaire ou avec leurs parents le soir.

Pour quoi faire ?

Lorsque je bossais à Grigny, c’était parfois une question de survie : être capable de montrer que le prof, c’était pas n’importe qui. Donc oui, il allait mettre dehors le mec qui faisait peur à tout le monde, ou frapper à la porte du domicile de celle qui lui avait piqué ses clés. On a tous été forcé de jouer les héros pédagogiques.

Désormais, c’est une façon de créer sa mythologie. Ça n’est pas qu’une question d’ego. Comme le fait d’être rigoureux, à l’écoute ou droit dans ses principes, ça fait aussi partie de ce qui invitera les mômes à nous suivre. Quand ce sera plus compliqué, quand on étudiera un truc pénible, voir quand on sera en conflit avec eux. Cet épisode un peu dingue qu’on aura vécu avec eux sera l’un des piliers sur lesquels on saute, encore et encore, pour arriver jusque de l’autre côté de l’année scolaire.

Laisser un commentaire