Mercredi 11 septembre

« Vous êtes nouveau ici, hein ?
– Oui.
– Oh, mais, je vous l’ai déjà demandé. »

En effet. Ça fait trois fois que cette fille de cinquième que je n’ai pas en cours me pose la question, quand je la croise dans les couloirs. La question n’est pas anodine. Être nouveau, dans un établissement scolaire, ça n’est pas une position évidente, tant pour un élève que pour un membre de l’équipe enseignante. « Ils vont te tester », m’a dit J., au début de l’année. C’était évident. Tout établissement scolaire est un grand corps, et l’arrivée d’un organisme étranger déclenche toujours une inflammation. Cependant, dans mes souvenirs nébuleux de biologie, il existe des intrus capables de se faire passer pour des membres dudit organisme. C’est un peu l’impression que je me fais. Parce que des collèges comme celui de Renais, dans lequel j’enseigne cette année, j’en ai connu plusieurs. Et pour une fois, mes expériences passées sont transposables.

Ça tient à pas grand-chose.

Éviter de trop souvent hausser la voix ou de monter dans les tours face aux provocations de certains mômes. Montrer qu’on n’est pas dupe de leurs mensonges. Ne jamais menacer en vain, ne jamais omettre de faire quelque chose que l’on a promis. Ne pas avoir la punition trop facile, mais l’avoir implacable. Être capable de rire avec eux, sans jamais s’imposer dans leur univers. Une sorte de petit protocole, très précis, très délicat, que j’ai acquis notamment lors de ces six années passées à Grigny.

Je ne doute pas que le reste de l’année sera riche en difficultés. Mais lorsque je regarde ma persona de prof, le cuir déjà bien tanné, les cicatrices en montagnes, fleuves et rivières, je me dis que c’est possible. Que je pourrai traverser ce remplacement sans trop craindre pour mon psychisme et pouvoir m’occuper, m’occuper vraiment, des élèves.

C’est sans doute très prétentieux. Mais très réjouissant.

Une réflexion sur “Mercredi 11 septembre

Laisser un commentaire