Mercredi 1er janvier

Je n’ai pas spécialement envie, cette année, de me livrer à un exercice balourd de vœux. Ils sont trop multiples, trop différents, trop coupants.

J’espère juste que, cette année, je n’aurais pas peur – et peut-être, alors, vous non plus – des ratures. Oui, on va se planter, en 2025. Encore. Oui certains jours, certaines pages seront nulles.

Ça ne gâche rien.

Ratons. Raturons, encore et toujours. Il n’y aura jamais de cahier parfait, de livre sans une seule erreur. Foirons-nous. Barbouillons. Et voyons les dessins qui en ressortent.

Mardi 31 décembre

Le dernier soleil de l’année s’éteint sur la mer et je tente de tirer un bilan des 365 jours qui viennent de s’écouler. C’est l’une de mes nombreuses névroses, j’ai besoin de créer du sens. Certaines histoires n’appartiennent qu’à moi. Quant à celle que je partage entre ces lignes, je vois les traits mouvants des vagues, comme ce que je vis depuis quatre ans : je continue à suivre le flux, chaotique et harmonieux, de mon métier de prof errant.

J’ai le cœur un peu serré, on a toujours le cœur un peu serré lorsque les choses se terminent. Mais quelque chose au fond de moi continue à vouloir fabriquer du bonheur.

Il est là, le seul bilan nécessaire.

Lundi 30 décembre

À la radio, une émission sur les façons dont les enseignants de philosophie tentent de faire entrer leurs étudiants dans cette matière éminemment complexe. L’une des intervenante explique que, au-delà de tous les artifices pédagogiques, il arrive que, parfois, ce soit le texte, l’idée de l’auteur qui soit le seul responsable. Cela me rappelle ce que disait R., ma prof de théâtre : « Parfois, il y a juste à s’effacer devant le texte. »

Je me demande combien de mes élèves ont rencontré, rencontré vraiment, une autrice ou un auteur durant nos années passées ensemble. Je crois que ça me réconforterait de savoir.