
J’ai croisé Hamia deux ou trois fois hors du collège. Toujours accompagnée de ses frères et sœurs, plus jeunes qu’elle, à les accompagner ou les ramener de l’école. Hamia travaille sérieusement, même si elle a énormément à faire à la maison. Elle n’a jamais un mot plus haut que l’autre. Hamia aime beaucoup l’école, me dit qu’elle en profite tant qu’elle peut.
Et l’autre jour, Hamia m’a emprunté l’une des adaptations en manga de Lovecraft de Gou Tanabe. Puis un autre. Puis le suivant.
« J’avais jamais lu quelque chose comme ça, m’a-t-elle dit en me rendant le premier.
La fin, MAIS LA FIN, a-t-elle exulté en me rendant le second.
Mon père a failli le trouver, a-t-elle chuchoté en me rendant le troisième, et en empruntant le quatrième. »
Les mangas de Gou Tanabé sont une forme de justice poétique qui me fait jubiler. Que ce gros racelard repenti de Lovecraft ait ouvert les portes de l’imaginaire d’Hamia, qu’elle s’émancipe en cachant Le cauchemar d’Innsmouth des yeux de la famille me fait jubiler. Car il faut au moins ça, les danses atroces de dieux aveugles et furieux pour enrayer, ne serait-ce qu’un peu, ce que le monde exige de nous.
Que les Anciens continuent à grouiller, aux limites du monde permis, si leurs pouvoirs permettent cela.