Jeudi 4 décembre

Depuis hier, tout un tas de messages, plus doux et inquiets les uns que les autres. Amis, collègues, lecteurs ou anonymes. Je les reçois avec toute la gratitude du monde. Tandis que me trotte dans la tête un mot à la mode : normaliser.

Je ne me suis pas senti bien, et ma généraliste a estimé que la meilleure façon d’aller mieux était de faire une pause. Il y a quelques années, j’aurais ressenti une honte sans nom. Aujourd’hui, énormément de soulagement et, oserais-je le dire, de joie. Comme quelque chose qui se serait réaligné. Je n’arrive pas à m’en vouloir « d’abandonner » des élèves, ou de faire preuve d’une quelconque faiblesse. Ce qui m’arrive est également une preuve d’humanité, en plus d’être le signe que quelque chose ne va décidément pas dans l’Éducation Nationale. Dix-huit années à brinquebaler de remplacements en bahuts éminemment complexes, bien entendu que ça laisse des chtards. Même si c’est une vie qui, la plupart du temps me convient, c’est une vie compliquée et violente. Et personne ne semble s’en apercevoir. Personne ne semble vouloir prendre soin d’adultes qui, à leur tour, doivent prendre soin d’enfants, eux-mêmes tellement facilement en souffrance.

J’écrivais hier que je me suis senti ployer. C’est vrai. Mais j’ai aussi été capable de relever la tête pour expliquer, sereinement, que ça suffisait. Que quelque chose de grave était en train de prendre naissance en moi. Et c’est l’une des très rares fois de mon existence où je n’ai ressenti aucune culpabilité. La sensation de faire ce qui est juste, pour moi comme pour les autres.

Normaliser le fait que nos besoin vitaux individuels passent avant tout. Normaliser le fait de montrer qu’enseigner, c’est difficile, de plus en plus. Normaliser le fait de demander de l’aide, normaliser le fait que jamais, jamais on ne doit prendre en charge des enfants quand on se sent trop vulnérable. Normaliser qu’on est parfois faible, normaliser de demander de l’aide. Je souhaite aussi faire ma part dans cette tâche qui recoud à un monde plus humain.

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