
Alors bien entendu, quand j’ai été mis en arrêt pour cause de carlingue qui vibrait fort sous la pression, ma généraliste a prononcé le mot de reconversion.
C’est marrant, les insécurités.
Il y a quelques années, je disais que je serai pas prof plus de dix ans. Un peu après, je pense que j’aurais refusé d’écouter ce qu’elle me disait. Parce que je pense que j’avais peur. Peur de me confronter à la question : est-ce que je reste prof par choix ou par habitude, est-ce que j’ai encore quelque chose à donner, est-ce que j’ai, dans ce boulot, une quelconque légitimité ?
Souvent je pense à T., qui a quitté l’Éducation Nationale car ce boulot lui bouffait l’esprit.
Et puis le temps passe. Un jour on vous prononce le mot et vous êtes capable de le recevoir sur les genoux. Reconversion. Le prendre dans les mains et l’examiner sous toutes les coutures. Et se dire
qu’on ne sait pas, en fait.
J’ignore si je fais le métier d’une vie. Si je serai encore prof dans un an ou dans douze. Je sais juste que, pour le moment, c’est trop difficile. Mais je sais que j’ai été capable de voir les signaux d’alarme. Et que même si, comme à l’accoutumée, l’avenir est pour moi un gigantesque point d’interrogation, je saurai entendre ce que ça me fait, lorsque je repartirai au boulot. Et cette pensée m’est d’un immense réconfort. Après tout ce temps, j’ai appris à être prof pour moi avant tout.