Jeudi 18 décembre

La boîte à livres devant laquelle je passe en allant faire les courses déborde depuis peu. Déménagement ou brocanteureuses qui se délestent, j’ignore pourquoi, le fait est que je fouille régulièrement dedans. Notamment pour alimenter la petite bibliothèque qui se trouve au fond de ma salle.

Aujourd’hui, un bouquin de Moka, autrice qui a accompagné pas mal de mes heures de permanence. Vilaine fille. Je le reparcours, trente ans me séparent de ma rencontre avec le texte. Et oui, il a beaucoup vieilli, pas uniquement parce que l’on parle en francs. La mère vue comme une opposante, car elle gère difficilement le quotidien et le père, chevalier blanc, que sa fille admire immensément les – très – rares fois où il intervient, l’héroïne comprenant que ce garçon qui l’ignore depuis le début du roman et l’a blessée est en fait son prince charmant quand il lui fait l’aumône de la défendre en une phrase, le choix entre le bien et le mal… Je déglutis, tout en me rappelant que ce texte, comme tant d’autres lus au collège, m’a structuré.

Et qu’en faire alors ? Prendre un moment, en début d’heure, pour en discuter avec les élèves ? Un avertissement pré-lecture ? Leur faire confiance et se dire qu’après tout, iels ont assez de jugeotte pour se faire leur propre opinion ? Ou éviter le problème en remettant l’ouvrage où je l’ai trouvé ?

J’ignore comment j’aurais aimé, adolescent, que les adultes sélectionnent les bouquins. Ai-je bien ou mal lu ? Bien entendu ce sont des questions de privilégiés : j’ai eu l’immense chance d’avoir un accès aisé à la lecture, à tous points de vue. Mais justement, comment faire pour que cet accès soit le meilleur possible, le plus étayé et le plus accueillant ? La vilaine fille sur la couverture n’en n’est pas plus sûre que moi.

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