
Salle des profs : Pas mal d’yeux déjà cernés. Et avec la fatigue, viennent invariablement les blagues salaces. Tradition du dernier jour de la semaine, j’ai l’impression qu’avec l’équipe de cette année, elle va être glorieusement respectée. Aujourd’hui, on rend hommage à la Grande Bretagne : le potentiel fortement érotique du R écossais est comparé au charme british de Colin Firth.
Les 3ème Tortignon bossent sur leur rédaction, c’est ultra laborieux. Je tente d’insuffler un peu de force dans leurs phrases débiles – au sens premier du terme – de leur montrer qu’il pourrait y avoir une structure dans leur histoire. Manque une colonne vertébrale à leur texte, c’est pas facile à faire pousser. Du coup on comble avec ce qui tombe sous la main, extraits de films ou de télé-réalité. Les Ch’tits à Innsmouth, je suis sûr que Lovecraft aurait adoré.
Je tombe en arrêt devant I., que je connais depuis la mémorable #4èmeTonberry. Celle qui me valut mes plus belles euphories et la perte de quelques précieux cheveux. Je reste bouche bée. Le texte d’I. est loin d’être parfait mais il se tient. Il a un début, une fin, il raconte. Avec plaisir. Je demande au môme ce qu’il s’est passé, combien ses parents ont fait venir de profs particuliers. Il me regarde, intimidé, plie sa grande carrure de nageur sur sa table et me fait signe d’approcher.
“Je me suis mis à lire monsieur. Je sais c’est bête mais j’ai adoré le film Labyrinthe, alors j’ai commencé les livres et…”
Et il a dans les yeux l’étincelle des possédés. J’en sautillerais, si dix-neuf autres regards ne suivaient pas le moindre de mes mouvements.
Sortie de cours : T. peste, il a peur de s’être embarqué dans une leçon trop compliquée pour les mômes. Je lui propose de simplifier le cours, d’y revenir plus tard. “Ça n’est pas grave de faire petit, au début.” Petit et exigeant. Du moment que tu vas jusqu’au bout. Enseigner c’est un truc de comédien et de danseur. Pour y arriver, toujours accompagner le mouvement et le finir.
Fin de journée : trois anciennes élèves de 3ème Mog nous rendent visite. Elles se précipitent vers nous, des phrases dans tous les sens. C’est trop bien le lycée pro, ça leur manque le collège, c’était chiant le collège vers la fin.
“Monsieur on vous en veut ! Vous avez pas arrêté de nous dire que le lycée ce serait dur, qu’il faudrait travailler tout le temps, mais en fait ça passe trop vite les cours ! C’est trop intéressant !”
Le paquet de feuilles de recherches de stage dans mon sac s’allège un peu. Je quitte le bahut un peu plus utile. C’est chouette.