Samedi 12 septembre

Correction de copies, révisions de conjugaison. Je ne pourrais pas être plus objectif.

L’immense majorité des mômes que j’ai eu l’année dernière et que je retrouve aujourd’hui alignent des résultats remarquables. Même la présentation est impeccable. Si j’avais besoin d’une preuve pour montrer le poids de l’affect au Collège Ylisse, la voici.

Je n’ai jamais réussi à me situer clairement dans cette histoire d’affect. J’avais écrit quelque part que j’oubliais très rapidement les mômes des années précédentes pour me consacrer à ceux de la période scolaire en cours. Ça va plus loin : leur faire face est le plus radical des anxiolytiques. Moi le névrosé de base, l’angoissé permanent, me retrouve l’esprit entièrement mobilisé par les vingt et quelques élèves devant moi. Pendant six ou sept fois 55 minutes, je ne vis plus que pour eux. Ma pause déjeuner s’encombre de leurs problèmes, mes heures de trous servent à raccommoder les soucis que je n’ai pas eu le temps de traiter en cours, parce que caler les problèmes d’emplois du temps de Liam (qui doit aller chercher son petit frère à 16h30 alors qu’il finit à 18h, sinon le mouflet de 4 ans attend 30 mn dans la rue), entre deux répliques d’Antigone, c’est chaud.

Mais c’est tout.

Au-delà des grilles d’Ylisse, ils s’effacent. Jusqu’à leurs visages qui ne me reviennent que laborieusement. Qui sont ces êtres, pour qui mon attention ne fonctionne que totalement ou pas du tout ? 

Peut-être n’est-ce qu’un simple mécanisme de défense. Si me revenaient, passées les rames du métro, toutes leurs interrogations, leurs craintes et leurs enthousiasmes, je m’écroulerais. Tout simplement. 

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