
Malade. Je pars bosser le pas hésitant, abruti de chimie, pour mon marathon de 7 heures. Les mômes ne calculent pas, les mômes s’en fichent. Dans tous les coins du collège Ylisse, on se lamente. Visiblement, l’épidémie se poursuit, et nombre de collègues se demandent qui a changé les petites puces aux grands yeux et assoiffées de connaissances en légions démoniaques.
Je croise les doigts. La malédiction semble avoir épargné les 3ème Orphée qui se la jouent même mollasson. Lueur d’intérêt quand je leur parle du Bourgeois Gentilhomme, que certains ont étudié l’année dernière. Pas S., visiblement. “M. Jourdain ? Je l’ai pas eu ce prof, moi !”
3ème Tortipouss, remise de copies. B. a eu 9,5/10, cris indignés : “Monsieur, il a triché, forcément.” B. se retourne, des éclairs dans les yeux : “Pas cette fois ! Quand tu veux, mais pas cette fois ! En maths oui. Mais. Pas. Cette. Fois.”
B. défend son 9,5/10 bec et ongles. “Vider la note de son affect.” nous a conseillé un formateur qui n’enseigne plus depuis un moment. Pas gagné.
Tandis que j’agonise consciencieusement dans un fauteuil de la salle des profs, M. entre, des éclairs dans les yeux. “La vie scolaire m’a remonté des élèves que j’avais exclu !”
“C’est reparti” murmure-t-on à ma gauche. Je ne sais pas trop ce qui est reparti. Les soucis de communication avec les Assistants d’Éducation, probablement. J’ai l’impression que quelles que soient nos résolutions, profs et surveillants finissent systématiquement par se porter sur les nerfs. Souci de géographie. Nous n’avons pas le temps de nous parler. D’échanger. “Ils gèrent les élèves quand vous ne vous en occupez pas et vice-versa” a dit cheffe l’autre jour. Du coup ils déconnent sévère par rapport à nous, et réciproquement. Et je suis trop occupé à me décomposer pour me pencher davantage sur l’affaire.
Récréation, je raconte une anecdote à un collègue. “Ah oui”, fait L., “ça je l’ai lu dans ton blog.”
Étrange. Cet endroit qui est mon gigantesque cahier de brouillon, un ensemble de gammes pas toujours harmonieuse, cet espace dont je n’attends rien se transforme en lieu de rendez-vous.
Bienvenue à tous, en ce cas.