
Grosse colère : un premier jet des nouveaux programmes du collège ne comporte aucune mention du genre fantastique. Après avoir écumé le style Eduscol (en gros le site de l’Éducation Nationale écrit en français), mes craintes se trouvent à peine allégées : on lira une nouvelle fantastique en Cinquième. Point. Et encore ce sera optionnel. On pourra bosser sur un conte merveilleux à la place.
Je suis furax.
C’est personnel, c’est subjectif, mais c’est ainsi. Le fantastique est, lorsque j’enseigne à des quatrièmes, mon programme libre, celui où je m’éclate. Étudier le fantastique, c’est apprendre le flou, l’incertain. C’est jouer avec les limites, c’est explorer des maisons hantées en tremblant.
Je suis un prof exceptionnel quand j’enseigne le fantastique parce que j’adore ça. Faire lire Le cauchemar d’Innsmouth à des ados sceptiques, jusqu’à ce qu’ils comprennent à quel point ce récit poussiéreux est abominable, qu’ils sentent l’odeur de vase, qu’ils entendent le bruit humide des hommes batraciens. Explorer la grande maison obscure des Autres sur les pas de Nicole Kidman ou le monde de Paprika. Et bien sûr, faire la connaissance de Dracula, Frankenstein ou Carmilla.
Et en bouquet final, bien entendu, c’est hurler de trouille en rigolant devant les Anges Pleureurs de Doctor Who, juste avant de se souhaiter bonnes vacances et Joyeux Noël
Étudier le fantastique, c’est faire perdre leurs repères aux mômes, annuler leurs préjugés qui n’ont plus une branche sur laquelle se poser. C’est faire appel à cette part d’eux-mêmes dont ils n’ont pas toujours conscience, celle qui ressent et que, oui, on peut contrôler. Étudier le fantastique, c’est se mettre à la frontière et regarder ce qu’il y a derrière. C’est ce dont on a besoin quand on est collégien.
Alors comme d’habitude, il va falloir se mettre à tordre ces programmes pas encore terminés, les interpréter et convaincre qui de droit que si, les goules et les vampires, ceux dont on doute toujours, ceux qui existent du coin de l’oeil, ont encore droit de cité dans les salles de classe.