
M. au cinéma l’autre soir. “J’ai remarqué que jusque là, tu tenais ton journal tous les jours.” M. ne le lit pas, pas tout le temps. Elle remarque juste la régularité. À laquelle je ne croyais pas non plus en entamant ce bidule. Il y a assez dans la vie d’un prof pour remplir ne seraient-ce que deux lignes quotidiennes ? Apparemment oui.
Coup de téléphone d’une journaliste. Elle voudrait en savoir plus sur les journées de formation à la réforme du collège. Je bafouille pas mal, je reformule constamment. Nuancer, préciser. Essayer de se sentir légitime, de ne pas terminer chaque phrase par un “maaaais c’est juste ce que moi je pense hein !” Journaliste qui couvre le domaine de l’éducation : paye ton cadeau empoisonné, je me demande si tous les secteurs professionnels sont aussi disparates.
Depuis que j’ai quitté le collège Criméa, F. est partie au lycée, O. dans un bahut un poil plus tranquille et moi en REP+ : j’ai l’impression qu’on s’est tous reconverti.
C’est peut-être ça aussi qui me passionne dans ce boulot, ça qui occupe les lignes quotidiennes : enseigner ça change. Tout le temps. Constamment. On passe notre temps à chevaucher les vagues.