Vendredi 30 octobre

Pour mes 33 ans, je me suis offert la version ultra-méga-collector d’un jeu de rythme japonais, décrétant par cet acte fort que non, cette année de vie non plus ne sera pas placée sous le signe de la sobriété, du bon goût et de la dignité. 

Parmi les divers objets bonus contenus dans la boîte, une trousse (l’inquiétant objet ci-dessus). Qui se trouvera sur le bureau de la salle 118 dès lundi prochain. 

C’est devenu un réflexe depuis deux ans. Je me ramène régulièrement avec une fringue, un objet ou un accessoire improbable. Mon record personnel restant la fois où, incapable de mettre fin aux bavardages qui régnaient par une heure tardive de l’après-midi, j’ai sorti une peluche Mon Petit Poney de mon cartable et en ai consciencieusement martelé le bureau en hurlant “Maintenant ça suffit ! Regardez ce que vous me faites faire !”

Ces trucs improbables sont une partie de ma persona de prof, une compostante essentielle. Je ne suis pas assez impressionnant pour projeter une “autorité naturelle”, pas assez bienveillant pour inspirer naturellement la confiance, pas assez bien fait de ma personne pour inspirer des soupirs énamourés. Alors comme toujours, j’ai développé une béquille. Elle s’appelle l’inattendu. Les mômes ne savent pas ce qui risque de leur tomber sur le coin de la tête (et moi non plus. Pas toujours.)
Au début, toujours ils hallucinent. Qui est cette blague de prof ? C’est le moment critique, le moment important. Celui où je dois montrer que oui, je suis capable de les mener le long des méandres d’un texte, que le travail sera supervisé, vérifié, que le bordel ne passera pas. Que bien sûr je répondrai à leurs questions, que leur orientation de l’année prochaine, on va s’en occuper comme jamais. Mais que citer GTA V ou chanter Les demoiselles de Rochefort pour illustrer un point de grammaire ne me pose pas plus de souci. Une sorte de 4ème Docteur que j’ai le droit de jouer jusqu’à 8 heures par jour au collège Ylisse. Et qui, depuis que je me suis glissé dans sa peau, se sent à sa place, légitime parmi les élèves après s’être si longtemps cru imposteur.

Et si j’aime tellement assister aux cours des collègues, c’est avant tout pour ça : qui es-tu, toi, quand tu enseignes ? 

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