
“L’effet PP.” est un chouette privilège ainsi qu’une possibilité d’arnaque monumentale.
L’effet PP. est la propension que les élèves ont, dans la plupart des cas, à se montrer plutôt sympathiques avec leur professeur principal, dont ils savent qu’il vaut mieux s’attirer les bonnes grâces. Surtout en troisième où ledit professeur principal occupe tout à la fois les fonctions d’enseignant, de conseiller d’orientation, de coach à l’oral, d’assistant social, de médiateur avec les parents et j’en passe.
Concrètement, cela a pour effet de permettre un bon déroulement des cours, mais aussi de fausser l’image globale de la classe.
C’est ainsi que j’apprends dans la même journée que les 3èmes Orphée ont mis la misère à M. qui a gentiment accepté de remplacer I., leur prof de physique absente. Contestation, rire et compagnie. Et remise du couvert le lendemain en EPS parce que “on va pas faire semblant de taper dans des volants s’il n’y en n’a pas à l’échauffement !”
La salle 118 est une banquise. Le blizzard a commencé à souffler dès le “Bonjour à tous, asseyez-vous s’il vous plaît.” J’ai diminué la voix des douze décibels critiques. Regards affolés. Ils savent que je vais faire ce qu’il y a de pire. “Il se passe quoi monsieur ?” “Vous êtes fâché ?” “On a fait quoi.”
Je me tais. Je laisse monter l’expectative. Et je me lance dans ma grande scène. Pour le coup aucune culpabilité. De temps en temps, les 3èmes Orphée sont de sales gosses. C’est normal. C’est même plutôt rassurant. Et ils seront traités en sales gosses.
Je commence sur le ton du douloureux reproche. Que ce soient eux qui fassent ça. Eux en particulier. Eux avec qui j’ai ce lien spéciaux. Eux à qui j’ai dit que cette période était celle qu’on ne pouvait pas se permettre de rater. Je fixe chacun dans les yeux, option “je sonde ton âme, car je sais que, même si tu l’as vile et noircie, je m’en vais négocier sa rédemption avec Lucifer en personne. Eh oui, je suis comme ça.”
Les mômes sont figés. C’est la première fois qu’ils assistent à ce spectacle qui ne fonctionnera qu’une seule fois. Et que je suis parfaitement satisfait de donner. Parfois, il faut plonger au plus profond, travailler avec eux. Être devant, à côté. Se montrer d’une infinie patience, d’une rigueur absolue. Accepter que le cadre déborde pour bien le réaffirmer.
Et des fois, il faut juste se la jouer roi de la banquise.
Je termine mon petit discours. Voix minuscule et tremblante.
“Mais monsieur, vous nous aimez quand même non ?
– Azy c’est pas ça qu’il attend ! Monsieur, on a clairement abusé pour Madame M.
– Ouais. Vous êtes pas obligé de nous croire, mais on va faire mieux.
– Ouais, regardez-nous juste !”
Des fois, il faut juste se la jouer roi de la banquise.
Le vendredi soir, on parle de vaisseaux spatiaux, d’étoiles, et de ne pas hurler avec les loups.