Samedi 26 mars

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Le Bac Pro.

Les trois mots que personne n’a envie d’entendre en ces périodes où, en troisième, on parle d’orientation à Ylisse.

– Les élèves ne veulent pas entendre parler du Bac Pro. “Ma mère elle m’a dit que si je travaille pas assez, j’irai en Bac Pro ! “ “Le Bac Pro, c’est là où vont les SEGPA ?” “Sur facebook, il y a un groupe des élèves de Bac Pro du lycée à côté. Ils dansent sur les tables et tout, monsieur !”

Le Bac Pro est pour une écrasante majorité des mômes la marque infamante. Celle qui consacre le manque d’intelligence ou, pire, l’échec d’avoir fourni aux parents et aux profs ce qu’ils attendaient. Contre les plus rétifs, les arguments que l’on peut opposer se heurtent à de la suspicion voir de l’hostilité. Et toujours cet argument, à la fin de la discussion “Oui mais si j’avais de meilleures notes, j’irais en lycée général. Donc, le Bac Pro, c’est pour les nuls.”

– Les parents ne veulent pas entendre parler du Bac Pro. C’est un peu la maladie honteuse ou le coming-out de leur enfant. “Ils veulent le mettre en Bac Pro.” : le “ils” semblant désigner une légion de pédagogues malfaisants qui ricanent à la lueur des éclairs au sommet d’un beffroi.
À Ylisse, difficile de sortir de l’image d’Epinal de la filière S, voie royale. 

“Nous avons parlé avec E., il aimerait bien travailler dans la mécanique.
– Bon. Donc il ira en 1ère S ?
– À vrai dire je pensais à un bac pro mécanique au… (en général c’est à ce moment que je me prends dans la gueule une poignée de sel et de l’eau bénite)
– IL IRA EN PREMIÈRE S !”

– Les CPE, conseillers d’orientation et profs principaux de troisième ne veulent pas entendre parler du Bac Pro. Parce qu’il faut défendre, encore, toujours, inlassablement, des orientations qui sont toujours vues comme des pis-allers, aussi fécondes qu’elles soient. On organise des séances d’information, des visites, des projets et des parcours. Des élèves de Bac Pro viennent rencontrer leurs benjamins, souvent avec des étoiles dans les yeux, quand ils parlent de leur parcours. On discute avec les mômes, on sonde leurs envies, on leur explique. Pour qu’invariablement, arrive la question : “mais si je m’améliore ce trimestre, je pourrai aller en général ?”

S’améliorer.

Parce que pour le moment je suis mauvais, je ne mérite pas mieux qu’un Bac Pro où un prof crasseux nous mettra les mains dans du cambouis pendant que des baraques de deux mètres dix danseront sur les tables après nous avoir cassé la gueule.

De nombreux projets actuels visent à permettre aux familles d’être la voix déterminante dans l’orientation des élèves. Ce qui me semble tout à fait souhaitable. Mais qui débouchera sur une catastrophe organisée tant qu’on aura pas enfin brisé ce foutu mur entre Général et Professionnel, G et P.

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