
J’encadre une classe de 5ème dans laquelle une intervenante de l’Institut du Monde Arabe est venue parler d’art et de géométrie. Classe pas forcément évidente, qui accueille des élèves ULIS (qui souffrent de problèmes médicaux), d’autres apparemment précoces et quelques-uns dont le comportement me donne instantanément envie de me transformer en berserker viking.
Tout ce petit monde réalise des pliages qui, une fois terminés, doivent se transformer en étoiles. Ça trace, ça coupe en tirant la langue et, finalement, ça déploie son petit bout de papier. Avec des fortunes diverses. Pour certains, le bricolage donnera un bijou délicat.
Et d’autres un truc qui ressemble à une patate.
J’ai beau essayer de faire taire mon démon du cynisme, il gueule quand même sur stéréo que c’est une métaphore assez criante du déterminisme qui plane sur les mômes.
Avec les 3èmes, on lit un passage de La ferme des animaux, dans lequel les membres d’une basse-cours mettent en place un système communiste.
“À quoi vous fait penser le régime politique que les héros mettent en place ?
– Au surréalisme, monsieur !”
Presque.
Heure de vie de classe. Je prépare les élèves à l’oral d’Histoire des Arts. L. intervient, posément, comme à son habitude.
“Monsieur, notre vocabulaire il est catastrophique. Après tu m’étonnes qu’au lycée, ils regardent ceux d’Ylisse bizarrement ! Qu’est-ce qu’on peut faire ?
– Vous remplir la tête de belles choses.
– Comment on fait ?”
Demain, je vais créer une Dropbox. Et la remplir d’images, de textes, de livres. Ce sera ma boîte de belles choses. Pour eux.
P. est repassé en salle des profs. En arrêt pour une semaine – on lui avait proposé deux – les yeux encore cernés. Mais le sourire. Le vrai.