Et le dimanche on s’évade.

Nous sommes le 24 avril 2016 et je viens d’achever de regarder à peu près tout ce qui était regardable dans la série Doctor Who, dont je suppose que les plus fidèles de ce blog ne peuvent plus voir le nom en peinture. Histoire de bien vous fiche la paix avec ça jusqu’au mois de décembre prochain, date à laquelle la série reprend, petit compte-rendu de l’univers fictif avec lequel j’ai vécu de façon quotidienne ces deux dernières années.
Pour les deux derniers dans le fond qui ne seraient pas au courant, Doctor Who est une antique série de Science-Fiction, débutée en 1963, arrêtée en 1989 (l’année de naissance de ma soeur, j’espère que tu es fier de toi HEIN) puis ressuscitée en 2005. Ce qui explique le système de comptage des saisons un peu chelou : en gros, jusqu’en 1989, on compte en saisons, à partir de 2005 en séries. Il y a donc une saison 1 (1963) et une série 1 (1964), une saison 2 (2006) et une série 2 et ainsi de suite.
En résumé, le Docteur est un extra-terrestre d’apparence humaine qui voyage dans le temps et l’espace à l’aide d’un vaisseau, le TARDIS. Cet amusant dispositif a la capacité de modifier son apparence en fonction de l’endroit dans lequel il apparaît – l’idée étant de rester discret – mais, dès le tout premier épisode, un imprévu fait que l’engin reste coincé sous l’apparence d’une cabine téléphonique servant à contacter la police britannique dans les années 60. Qui plus est, lorsque notre héros subit des blessures trop graves, ou approche la fin de sa vie, il se régénère, prenant les traits d’une autre personne. Ce qui permet à un nouvel acteur de prendre la relève.
Comme le Docteur n’aime pas voyager seul, il invite souvent des compagnons à le joindre dans ses aventures. La plupart du temps des humains, qui forment le vecteur entre le spectateur et l’excentrique occupant du TARDIS.
Commencer à regarder Doctor Who, c’est prendre la température de sa captatio benevolentiae de façon extrême. Parce que c’est une série à petit budget, que les effets spéciaux sont loin d’être au top, que les situations sont souvent maladroites. Mais il y a derrière tout ça un enthousiasme délirant de la part des concepteurs. Sur ses cinquante années d’existence, Doctor Who n’est jamais aussi enthousiasmant que lorsqu’il expérimente, qu’il cherche la formule d’une stabilité qui, de toutes façons, ne sera jamais atteinte. De la Science-fiction flamboyante à l’horreur gothique en passant par quelques moments intimistes, cette fresque tente de chanter sur tous les registres.
Et puis, d’un point de vue très personnel, je pense que regarder Doctor Who, c’est faire l’expérience du transitoire attachement. On n’est jamais à l’aise, dans cette série. Parce qu’on sait que, même si cet acteur incarne le Docteur à la perfection, qu’il est “notre” Docteur, que son compagnon est absolument parfait, tout cela n’est jamais que transitoire. Le Docteur est inhumain. Trop brillant, trop infatigable. Un jour ou l’autre, ceux qui l’accompagnent pousseront les portes du TARDIS pour ne plus y revenir. Ou un autre visage prendra sa place. Pourrons-nous alors, nous, poursuivre l’aventure ?
Au-delà de tout sentimentalisme malvenu (j’adore le sentimentalisme malvenu), Doctor Who, c’est aussi une sacrée expédition archéologique dans l’histoire de la télévision, mais aussi de la narration. De l’attachante raideur des années 60 au mauvais goût euphorique des 80′s en passant par quelques expérimentations bizarres lorsque le Docteur s’essaye à la satire politique ou au discours écologique.
Après le visionnage de quelques centaines d’épisodes, se pose l’épineuse question : comment faire découvrir cette série à quelqu’un ? Quelques pointeurs :
– Je ne connais pas cette série, elle me fait peur et cet article est loin de me rassurer :
Regardez juste ces trois épisodes : Blink, Midnight et Listen. Mais surtout Blink. Si ça passe, enchaînez avec la Série 5 (2010 en gros). Elle marque le début de la phase actuelle de Doctor Who et permet une introduction en douceur dans l’univers.
– Qu’est-ce qu’il faut absolument voir de la nouvelle mouture de cette série, parce qu’on va pas déconner, la télévision des années 60, c’est un brin hardcore : La série 4. David Tennant, qui incarne le Docteur à ce moment, est probablement le meilleur acteur de l’époque moderne, les épisodes ne nécessitent pas de connaissance préalable de l’histoire et surtout, Catherine Tate joue le meilleur compagnon qui soit. Il s’agit de Doctor Who dans toute sa splendeur. Une série futée, inventive, qui ne se prend jamais au sérieux mais tente de se donner les moyens de ses ambitions.
Et puis aussi les trois derniers épisodes de la série 9. La plus belle histoire de rupture qui soit.
– OK, je veux bien jouer le jeu. Je n’ai rien à faire dans les prochains mois, et la hype Game of Thrones me gonfle. Quel est le best of de toute la série ? Aaaah, nous y voilà. Alors, en plus de ce que j’ai cité plus haut, dans l’ordre :
– An unearthly child (saison 1) : Le tout premier épisode. C’est fait avec trois bouts de ficelle, mais on y croit. Les bases de ce qui allait durer jusqu’en 2016 sont déjà là.
– The Edge of destruction (saison 1) : Un des trucs les plus expérimentaux et les plus perturbants de tout Doctor Who. Et pourtant on est au tout début de la série. Tout l’épisode se passe dans un seul décor, le TARDIS, qui essaye de faire comprendre à ses passagers qu’il y a un souci dans ses circuits en les rendant tous dingues.
– The Daleks (saison 1) : Les Daleks sont une race extra-terrestre et les ennemis jurés du Docteur. Cet épisode nous les présente de façon magistrale et prouve qu’on peut avoir l’air effrayant quant on est une poubelle à pédale avec pour arme une ventouse et un batteur à oeufs.
– The Dalek invasion of the Earth (saison 2) : Les fameux Daleks ont conquis notre bonne vieille terre et c’est terrifiant. Le travail de création d’une planète désolée et la poursuite hallucinante dans un Londres désert sont des moments mythologiques de télévision. Dans aucune autre série, je n’ai vu les personnages aussi écrasés par l’unique travail de la caméra.
– The ambassadors of Death (saison 7) : Le Docteur est coincé sur Terre, employé par les services secrets. Il doit retrouver des extra-terrestres échoués suite à une mission diplomatique qui a mal tournée. Quand la série s’essaye à l’espionnage, c’est génial. Brillant niveau Chapeau Melon et Bottes de Cuir, excusez du peu. L’intrigue est passionnante et le compagnon de l’époque, le professeur Liz Shaw, brillante, calme et absolument pas impressionnée par son alien de camarade, est sans doute l’une des assistantes les plus réussies du Docteur.
– La saison 12 en entier : un monument. Le Docteur de l’époque est joué par Tom Baker, qui passait pour un acteur excentrique même chez les britanniques, c’est dire. Accompagné de l’intrépide reporter Sarah Jane Smith et du so british Harry Sullivan, il vit là ses aventures les plus sombres. En particulier à bord d’un vaisseau dont les occupants ont été contaminés par un organisme extra-terrestre qui les décime l’un après l’autre. Un certain Ridley Scott a participé à la conception de cet épisode…
– La saison 16 en entier : il s’agit d’une intrigue complète. Le Docteur cherche un artefact mystique, la clé du temps, accompagné d’une de ses semblables, Romana. Les épisodes sont parfaitement équilibrés et se suivent comme un véritable feuilleton, dans l’univers parfois décousu de Doctor Who. Le jeu sobre et juste de Mary Tamm est un pur plaisir.
– Enlightment (saison 20) : dans l’espace, un peuple immortel s’adonne à des courses de bateaux. Le Docteur et ses compagnons sont pris dans leurs manigances. L’un des épisodes les plus poétiques mais aussi les plus haletants. La présence d’un traître dans l’entourage du Docteur rend l’histoire d’autant plus passionnante.
– La saison 23 en entier : le Docteur assiste à son propre procès. Chaque épisode de la saison sert de pièce à conviction, pour l’attaque ou la défense. L’intrigue est donc parfois stoppée par les interventions du tribunal. Hormis le côté réflexif de cet objet télévisuel, l’acteur jouant le Sixième Docteur et sa compagne de la deuxième moitié, Mel, sont absolument adorables.
Et sur ce… bon dimanche… ou bonne exploration du temps et de l’espace.