
“Y a pas de suite ?”
C’est l’une des questions qui revient le plus souvent à la suite d’une étude de texte. Lorsque nous terminons de lire une nouvelle de Maupassant, lorsque Persépolis s’achève, quand défile le générique des Autres. Pourquoi ? Pourquoi ça s’arrête comme ça, pourquoi on ne répond pas à toutes les questions ?
Cette année, je commence à me dire qu’il y a finalement beaucoup moins d’immaturité dans cette question que ce que j’ai toujours cru. Les mômes se révoltent, parce que la fiction ne leur apporte pas toutes les réponses. À quoi ça sert, d’avoir lu tout ça, d’avoir travaillé, si, au bout, on n’est pas récompensé par des explications, par la certitude qu’il y avait une raison à tout ça ?
Je suis encore un jeune prof, un tout jeune lecteur, un apprenti spectateur. Jusque là, je ne me rendais pas compte. Que la fiction, bien plus que ce que je ne le croyais, prépare les chiards au réel. Non, ce ne sera pas toujours cohérent. Non, il n’y aura pas toujours d’explication. La frustration sera là, parce que la vie, c’est exactement ça : une suite d’événement qui, parfois, souvent, ne débouche sur rien.
“C’est nul ! proteste M., une colère rentrée dans la voix. Du coup, on fait quoi, monsieur ?“
Je souris. Ils avent exactement ce que je vais répondre.
“Comme d’habitude. Vous vous demandez s’il y a une raison à une fin aussi insatisfaisante. Ou bien…
– Ou bien on en invente une, c’est ça ?
– Exactement. Comme ça, c’est vous qui décidez.”