Prof en scène : tous les jours

Il n’y a rien qui me touche davantage, qui m’attendrisse plus, qui me donne autant envie de tomber amoureux que les silhouettes sur le quai gris sombre du RER Paris Gare de Lyon

Encore ensablées de la nuit. Le sommeil sur la joue. Je remonte la station jusqu’à la tête pour me placer dans le bon wagon quand il arrivera. Et je vois. Que nous nous livrons tous à un acte de violence : quitter nos abris respectifs pour nous retrouver dans cet endroit qui sent la fatigue et la pisse. Pour lever les yeux en espérant la routine. Pas d’incident technique ou d’accident de personne qui colorera les écrans d’annonce des trains de rouge. C’est pas bien joyeux.

Alors chacun gère à sa façon. Écouteurs vissés aux oreilles, portable, bouquin. Rires sonores. Chacun se crée son microcosme en fétus de paille. Et tout le monde respecte la fragile création de l’autre. Dans cet endroit où, n’en déplaise à certains politiques, il y a de tout sauf de la poésie, on prend muettement soin les uns des autres.

Ça sent le café de synthèse acheté à prix d’or aux souterrains du dessus, ça sent le croissant artificiel et le plastique fondu.

Mais il y a des yeux cernés brillant. J’en connais certains. De cette année ou des autres. Parfois je les aborde. Rarement. Pas envie de briser, moi non plus, leur cocon.

Tous les matins je me plonge dans un bain crade. Mais il y a du réconfort.

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