Vendredi 26 août

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Xkrmfklt.

Oui, je sais. Je ne donne pas signe de vie depuis deux mois, et le premier mot que je prononce est un néologisme d’épileptique en pleine crise.

Mais qui résume assez bien la situation. 

Laisse-moi t’expliquer.

Tu as déjà vécu cette situation ? Tu es en week-end, et là, paf, un pote t’appelle pour te proposer une soirée. Alleeeez, oui on est vendredi soir, tu es crevé, mais bon, c’est le week-end et promis, ça durera pas longtemps.

En vrai tu te retrouves le lendemain, à 13 heures, la bouche pâteuse, un masque de Mickey autour du cou, partageant ton lit avec la compagnie la plus improbable possible. Et pendant que tu cherches à te rappeler à quel moment de la soirée il t’a semblé que se tatouer une banane en train de faire de chevaucher François Hollande (au sens de faire de l’équitation, je vous vois venir) était une bonne idée, tu émets donc ce “xkrmfklt”. Synthèse de “Mais qu’eeeest-ce qui m’est arrivé ?” de “Plus jamais je touche à une bière.” et de “Et j’ai ce foutu rapport à terminer pour lundi.”

Eh ben les vacances scolaires d’un prof, c’est ça multiplié par huit semaines.

Oui. Huit semaines de farniente, pendant lesquelles ton plaisir le plus profond provient d’arpenter les rues de petits villages pittoresques, dans le secret espoir d’apercevoir des parents, hurlant à leur marmaille : “J’en ai marre ! Vivement que tu retournes à l’école et que tu nous laisses tranquille !” tandis que tu ricanes et que tu commandes une autre tournée de mojitos. Plaisir suivi de près par celui de ressentir les ondes de haine qui émanent de ton entourage quand tu expliques que “ça passe à une vitesse l’été, dire que la reprise est déjà dans cinq semaines !”

Car, durant les vacances scolaires, l’empathie de l’enseignant fond comme la pertinence des débats vestimentaires en été (AHUM). 

Mais ne vous inquiétez pas, les méchants finissent toujours par être punis, car arrive invariablement ce moment où le prof, après avoir claqué ses économies d’une année scolaire en cartes postales et tongs en plastiques se retrouve à la case départ, c’est à dire à son bureau, en bêlant d’une voix tremblante “mais qu’eeeeest-ce que je vais faire cette année ?”

Ah oui parce qu’avant d’aller plus loin, je tiens à régler son compte au mythe prétendant qu’un prof prépare ses cours un fois et après, pif paf, il est tranquille pendant dix ans. Pour faire simple, la première fois que tu fais des petits pois carottes dans ta vie, est-ce que tu en feras suffisamment pour tenir durant toute ta vie ? Ben les cours, c’est tout pareil. Ça se périme très vite, c’est insupportable de les répéter d’une année sur l’autre, et surtout, on n’est absolument pas sûr que ce qui a fonctionné avec les 3èmes de 2015-2016 ne sera pas accueilli par des huées et une crucifixion en règle du prof resquilleur en 2016-2017.

D’autre part, les divers remaniements ministériels et réformes de l’éducation nationale se chargent également de nous tenir en alerte. Pour continuer dans les analogies, imagine-toi en train de jouer au Monopoly, quand soudain, on vient t’annoncer que finalement, les hôtels coûtent moins cher que les maisons et que les gares se trouvent désormais aux quatre coins du plateau. Ah et qu’on tourne dans l’autre sens aussi. Au tour suivant, on te demandera également de poursuivre la partie tout en essayant de capturer un lama avec un sac de chamallows. Comme tu le vois, la routine ne fait pas particulièrement partie de notre boulot. Ce qui est plutôt chouette à vrai dire. D’autant plus que, cette année, tout un tas de petits détails vont contribuer à rendre mon boulot tout aussi excitant que propre à me filer deux ou trois ulcères supplémentaires.

Mais bon. Dussé-je (oui, c’est un vrai mot) assumer à la face du monde mes penchants maso, je dois avouer que ça m’avait manqué. Un peu. Alors en avant. Et la vérité, ça fait plaisir de vous revoir. (et oui, la photo, c’est vraiment mon bureau. Tu peux rire).

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