Samedi 27 août

Alors que, comme tout un chacun, je m’applique très consciencieusement à décéder sous l’effet de la chaleur (l’ordinateur allumé n’aidant pas vraiment), le téléphone sonne.

“Coucou, c’est la secrétaire d’Ylisse !”

L’espace de trois bienheureuses secondes, j’ignore totalement de quoi parle cette personne et m’apprête à lui répliquer du ton bienveillant mais ferme qui est le mien qu’elle se trompe, que je n’ai jamais entendu parler d’Ylisse, et que, oh oh oh, je ne vois pas pourquoi une secrétaire m’appellerait, mon existence consistant à écrire des bêtises et expliquer à mon lapin qu’il ne FAUT PAS MONTER DANS LE BAC À LÉGUMES DU FRIGO ! NON ! NON NON NON !

Et puis la réalité se remet en marche et puis je me souviens d’à peu près tout et surtout du fait que la secrétaire en question ne fait jamais preuve d’autant d’enthousiasme habituellement.

“Tu vas bien ? Les vacances, la famille, tout ça ?
– Euh oui…
– Parce que nous, là, on a repris, oh là là, il va se passer des choses, cette année…
– D’accord…
– Oh et sinon, je t’appelais pour te demander un petit service…
– Éééééééévidemment.
– Pardon ?
– Non rien. Ma vie pour Ylisse. Force et Honneur. Que la Dame Noire veille sur vous, tout ça. (j’aurais dû éviter de me mettre à rejouer à World of Warcraft durant les vacances).
– Alors voilà, on vient d’avoir un de vos nouveaux collègues au téléphone. Et comme il avait l’air un peu nerveux, Mme RO² (Mme RO² est la principale adjointe) a proposé que tu l’appelles pour le rassurer. Bisous bisous !”

Me voilà donc avec un numéro de téléphone entre les mains et le cerveau en état d’ébullition, style Il était une fois la vie, l’intégralité des petits bonshommes de mon cortex hurlant “C’est repartiiiiiii ! On va devoir bosser sa mèèèère !”

Soit. Je sélectionne donc ma playlist “Meilleures chansons hawaïennes” (ne jugez pas) et appelle l’infortuné collègue. Une voix un brin étranglée me répond. B. est thésard en plein boulot et enseigne pour la première fois au collège. Et comme à chaque fois que je tente de décrire le boulot à Ylisse, je me retrouve désarmé par la complexité du truc. Comment lui décrire sans l’affoler ? L’immense fresque du travail de prof de collège ? Les cours, les élèves, les réunions, les ajustements permanents… 

Et puis, sans savoir, B. m’aide à retrouver les mots vrais, toujours les mêmes, ceux qui fonctionnent à chaque fois :

“Et il faut être autoritaire ? Dur ?
– Il faut être ce qui t’es naturel. Tu construiras à partir de là.”

On parle encore un moment. Les emplois du temps, les programmes, les différentes façons d’enseigner. Il raccroche un brin apaisé. 

Devant moi, il y a mon avatar dans World of Warcraft. Plus que quelques jours avant de passer de mort-vivant, guérisseur et alchimiste à prof de français et principal. 

Paye ta transition.

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