Jeudi 1er septembre

4h30. C’est l’heure à laquelle ma cervelle décide que, bon, dormir, ça suffit et que si je veux être prêt pour la rentrée (à 9h30), je ferai mieux de sortir du lit. Je me retrouve donc en pleine nuit à glander sur World of Warcraft tout en regardant d’affreuses vidéos sur l’industrie laitière. Mon côté Princesse Disney me hurle de me convertir au végétalisme, qui, non, ne consiste pas à se nourrir exclusivement de végétaline.

Après une tentative de prendre une apparence à peu près respectable – à savoir éviter les T-shirts licorne dès le début de l’année – je me rends au collège en tentant de maîtriser mon stress, car je ne pense pas que commencer l’année scolaire en vomissant sur mes élèves ouvrirait nos relations de la meilleure façon possible. (quand je suis stressé je vomis)

Bien entendu, nous sommes au Collège Ylisse, et une journée qui se passerait comme prévu serait bien trop banale. Je me rends donc compte coup sur coup à mon arrivée que :

  • la salle dans laquelle je dois accueillir mes élèves est déjà occupée.
  • la salle que je parviens à obtenir après avoir menacé de piquer une crise d’épilepsie devant les parents d’élèves est l’une des deux du collège à ne pas disposer d’un vidéoprojecteur. Quand tu as préparé un diaporama destiné à présenter l’établissement à tes élèves, c’est ballot.

Je parviens à repêcher un antique machin dans un placard, je branche le bidule et je me précipite dans la salle polyvalente où élèves et parents occupent le moindre espace libre. Parents, car cette année, je suis responsable d’une classe de 6ème, ce qui implique que les mouflets arrivent accompagnés. Il doit faire au bas mot 40 degrés et on demande aux enseignants de venir appeler leurs ouailles au micro. J’ai l’impression d’être le pire présentateur de télé-réalité du monde. Les petits visages se tournent avec appréhension vers ma tronche. Je tente de prendre l’air le plus normal possible (c’est pas gagné) et je gagne avec eux le couloir pour les faire entrer dans la classe qui les accueillera pendant deux heures et demi.

Soyons clairs : ma cam’, ce sont les 3èmes. Mes réflexes concernant les 6èmes sont prodigieusement rouillés. Je passe donc les moments suivants à halluciner :

  • Quand une gamine me dit qu’elle a “tout raté maître, je vais devoir déchirer mon carnet de correspondance et tout refaire !” (elle a mis un accent grave au lieu d’aigu.)
  • Quand la totalité de la classe manque de faire une syncope en tentant de prononcer le nom de la prof d’arts plastiques, qui comporte cinq syllabes et un w final.
  • Quand je demande à une élève si elle peut attendre deux minutes avant de faire pipi et qu’elle hoche la tête tandis que deux grosses larmes coulent sur ses joues. (je suis un monstre.)

Je rappelle que cette sixième est la CHAM (classe à horaire aménagée musique) et que je travaille en collaboration étroite avec Monsieur Vivi, que j’aime d’amour, mais pas comme ça, bande de gens à l’esprit mal placé.

Celui-ci passe donc dans la classe et pendant une heure, nous exposons les règles de la classe musicale, en rebondissant allègrement sur nos interventions mutuelles. On dirait deux papas contemplant avec fierté leur progéniture. Et je sens une grande vague d’attendrissement m’envahir. M’attendrirais-je ?

Non.

Parce que la sonnerie finit par retentir. J’explique que le cours est fini, qu’ils peuvent partir et qu’on se revoit la semaine prochaine. Je ramasse mes affaires, range la classe et sort. Et là…

“Mais qu’est-ce que vous faites tous devant la classe ?
– Ben, on attend que vous nous fassiez sortir, maitre.”

Houlà…

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