Vendredi 2 septembre

Journée douce. 

Aujourd’hui, c’est la rentrée des 3èmes et des 4èmes. Hormis un rapide tour pour me présenter à mes futurs 3èmes (et constater avec un plaisir sadique que certains élèves me voient arriver comme si j’avais roulé sur leur chien), je n’ai pas d’élèves. 

Je passe donc la journée à naviguer de groupes de collègues en personnes, de réunions en groupes de travail. Je retrouve T. avec des cris aigus. Elle veut retourner bosser, le congé maternité, c’est bien mais sans plus et elle m’a offert un porte-monnaie licorne pour la petite monnaie. J’aime cette fille.

Je discute avec V. V. vient d’être nommé dans la région. Et il marche ce qui semble être l’obligatoire chemin de croix des nouveaux profs : enseigner entre deux établissements, avoir donc deux emplois du temps qui se chevauchent, passer pour l’emmerdeur de service auprès de l’administration de ses bahuts, devoir s’intégrer deux fois plus vite, deux fois plus fort dans des habitudes de travail, des projets. Le tout dans un environnement nouveau, et pas forcément accueillant. On me dira qu’il n’y a pas de responsable, que la situation est compliquée, que ça pourrait être pire. Mais je suis en colère. Je suis en colère qu’on brutalise V., et des gens qui ont passé ce concours de plus en plus déserté qu’est le CAPES. Leur envie mérite mieux que ça.

Avec B., on bosse sur ses cours de 5ème et de 4ème. Ça fait longtemps que je n’avais pas autant verbalisé au sujet de la délicate articulation des cours et des activités. Plusieurs fois je m’arrête “Attends, je raconte n’importe quoi, là.” Impression que l’on bosse sur d’improbables sculptures. En espérant que les mômes y trouvent leur compte. 

Travail avec les collègues d’histoire-géo et de français. Nous essayons d’organiser ce merdier intégral que sont les EPI. Les heures sont dispersées à un point que c’en est risible (quatre profs se partagent un travail avec des élèves qu’ils ne connaissent pas.) À nouveau, je suis ébahi par la patience, la volonté et l’ingéniosité que tous sont capables de convoquer en un instant. De B. qui, toujours rigolarde, parvient à nous dérouler en deux temps trois mouvements un plan de sauvetage du machin. De C, toute juste arrivée, nouvelle dans le métier, qui déploie des idées simples et précises. De T. dont les mots et la voix, toujours apaisent et désamorcent la moindre difficulté. Et de leur patience infinie à tous quand je m’agite, que je bafouille, que je me perds en circonlocution pour finalement proposer des conneries. 

“Comment envisages-tu l’année ?” me demande T. dans le métro, au retour.

Je ne l’envisage pas. Mais les visages autour de moi m’emplissent de force.

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