Dimanche 4 septembre

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Et le dimanche on s’évade.

Entre 2017 et 2020, le peuple de France, gouverné par les membres du Parti du Cercle, ont voté l’oubli. Trois années se sont effacées de sa mémoire, de son Histoire. 

Quelques décennies plus tard, les descendants de cette amnésie collective réclament justice, réclame ce millier de jours dérobé par leurs ancêtres. Il y aura un procès.

Un procès du passé, représenté par la Sybille, prophétesse millénaire et gamine. Au fil de l’audience et des pages, la femme – parce que c’est une histoire de femme, de femmes – déroule les origines d’un mal qui remonte à l’Antiquité Grecque, aux six Olympiennes qui, abandonnées par leurs alter ego masculins, ont décidé de sauver le monde selon leurs propres modalités.

Le roman de Chloé Delaume est un joyeux foutoir. 

Foutoir : dès le début, on patauge dans la caricature la plus effrénée – mais aussi la plus juste – des travers de notre système politique, avant de passer à un récit mythologique des plus rock’n roll, des divinités vengeresses décanillant leurs indélicats conjoints à coups de pinces à escargot.

Joyeux : la satire est présente, à chaque page, elle explose à la gueule. Et ça peut irriter. Moi, ça m’a irrité. Mais il faut ça. Il faut que ça gratte, qu’on trouve qu’elle en fait trop, Chloé Delaume, pour passer de l’autre côté, et se rendre compte que les thèmes qu’elle évoque, n’ont plus le temps de s’embarrasser de politesse. Et que contre le désespoir qui corrode ce monde, il faut lutter : par les grands symboles, par l’humour, par la caricature, et surtout par la rigueur. Car l’écriture de Chloé Delaume ne cède jamais à la facilité dans son tissage de mots. Un carnaval, oui, mais en phrases impeccables.

Les Sorcières de la République n’est pas qu’un pamphlet ou un pied-de-nez au système en place. C’est aussi un livre de lutte. Contre la lâcheté. Car c’est elle l’ennemi, qui n’épargne personne : hommes, femmes, dieux. Contre elle, tous les coups sont permis, et le courage le plus absurde est de mise. Il y a beaucoup de grandeur et d’héroïsme, caché dans le récit de la Sybille, et le grotesque de la situation, ce procès mené comme une téléralité, ne parvient pas à le ternir. 

Il n’y a pas de doute, avec ce bouquin, Chloé Delaume s’est mise en danger, paradoxalement peut-être plus qu’avec ses romans précédents qui touchaient davantage à l’intime. Parce que prendre parti, qu’il soit du Cercle ou d’opinion, parce que parler du présent, parce que critiquer même à mi-voix, c’est périlleux. Mais ce danger était nécessaire, il y a des moments où il faut se faire un brin Victor Hugo, jouer de son art, du mythe et de l’ego pour essayer de verser un peu de lumière et de beauté sur le monde et la littérature.

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