Jeudi 8 septembre

Les revoici, pour votre plus grand plaisir : les concertations du jeudi matin !

J’explique pour ceux qui n’était pas là l’année dernière : en tant que bahut classé REP (ce doit être le son qu’émettent les nouveaux collègues quand ils découvrent leur affectation à Ylisse), nous sommes tenus d’assister à des réunions de formation une fois par semaine, le jeudi matin. 

Les réunions du jeudi matin, c’est comme une boîte de chocolat, pour reprendre les mots du poète. On tombe parfois sur des formations passionnantes, et d’autre fois… sur autre chose.

Aujourd’hui, nous voilà donc réunis dans la salle polyvalente devant un intervenant qui nous explique qu’il va nous apprendre à gérer notre stress. Parce que pour l’instant, nous ne le sommes pas mais ça ne va pas tarder. Oh là là, que ça ne va pas tarder. 
Tandis que, derrière moi, V. se lamente au sujet de ses 24 ans qui approchent et que, par un élan d’affection régionaliste stupide, je me retiens de lui balancer mon dentier à la gueule (V. est rennais, donc presque breton), je me demande si ce genre de discours est vraiment pertinent en ce moment. Je l’ai déjà dit, les nouveaux collègues de cette année sont une fournée exceptionnelle, et font preuve d’un enthousiasme assez dingue dans leur boulot. Passer notre temps à les convaincre qu’ils ont besoin d’aide ne me semble pas forcément productif. Rien qu’à envisager l’année au travers de ce prisme anxiogène, je ressens des aigreurs d’estomac. 

Je fais passer des évaluations de début d’année aux 6èmes Glee, ce qui me donne pour la première fois l’occasion de bosser avec F., que je fréquente pour la troisième année. F. est prof d’appui, une sorte de super-enseignante qui se balade de cours en cours pour assurer une bonne intégration des anciens CM2, rattraper des mômes qui se dirigent à pleine vitesse vers l’échec scolaire ou qui ont juste besoin qu’on s’occupe un peu d’eux.

F. est juste magique. En deux phrases, elle a établi dans la classe une ambiance de travail comme je n’en n’ai jamais obtenue depuis mon entrée dans le métier. Ce qui ne l’empêche pas de passer son temps à se remettre en question. 

Suite du boulot sur la comédie musicale d’Alice au Pays des Merveilles. En moins d’un quart d’heure, Monsieur Vivi pose le canevas du spectacle, tandis que T. et V. proposent mille idées de mise en scène, visuelles et musicales. Beaucoup de bonheur, tandis que je me contente de regarder, béat d’admiration les trois géants bosser.

Et sinon, hier soir, on rentre du cinéma avec C. Il me raconte que le propre des acteurs expérimentés, c’est d’arriver à “redescendre” immédiatement, après des scènes, aussi fortes émotionnellement soient-elles.

“Mais comment il font ?
– Ben faut qu’ils apprennent, c’est leur boulot ! (C. sera le plus grand producteur du monde, bientôt). Et puis… il y en a plein sous anti-dépresseurs.”

Redescendre après des moments d’intense émotion… Et après il y a encore des gens qui ne pigent pas le parallèle entre prof et comédien…

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