
– térébrant (adj.) : caractère de ce qui perce ou perfore.
Ce matin, nous faisons cours aux 3ème Daleks, avec B., dans un silence térébrant.
Je n’ai eu cesse, les jours précédents, de m’étonner du calme impressionnant dont ces ex 5èmes-qui-m’avaient-mis-la-misère faisaient preuve. M’étonner avec une pointe de soulagement et d’inquiétude. Le même genre de sentiment lorsque l’on se retrouve enfermé dans la cage d’un tigre mangeur d’homme et que celui-ci se contente de s’asseoir bien sagement pour faire sa toilette.
Mais là, nous atteignons des sommets inquiétants.
Alors que nous nous apprêtons à faire l’appel, B. vire brutalement à une intéressante couleur écarlate tout en se mettant à tousser avec un volume sonore dont je ne pensais pas cette petite chose capable. (B. si tu me lis, ne me tue pas, je t’aime.) Elle s’éclipse donc pour aller boire un verre d’eau avant de décéder devant nos vingt-quatre adolescents, ce qui ferait mauvais effet convenons-en.
Je me retrouve donc seul, devant les 3èmes Dalek. Dans toute autre occasion, cet épisode aurait provoqué au moins quelques gloussement.
Là, rien. Mais alors rien du tout. Les chiards contemplent le vide ou, au mieux, leurs notes de l’heure précédente. Je tente une blague de prof, le genre de blague relou, dont je sais qu’elle provoque à chaque fois des soupirs exaspérés.
“Bon, si à la sortie vous trouvez Mme B. morte dans le couloir, essayez au moins de ne pas lui marcher dessus.”
Que dalle. J’envisage de sortir un nez rouge et une langue de belle-mère pour vérifier qu’ils ne sont pas morts cérébralement. Et puis je me rappelle de quelques mots échangés hier avec Monsieur Vivi.
“Plus ça va, à Ylisse, plus j’ai l’impression qu’on les étouffe, les troisièmes. On les terrifie avec la perspective de l’année prochaine, de leur orientation, des difficultés qui les attendent… ça fait pas rêver.”
Clairement.
Les 3èmes Daleks ne bougent pas mais semblent amputés de toute autre faculté que celle d’être là. Au collège.
Et le pire dans tout ça, c’est que je ne suis pas sûr d’avoir envie de prendre le risque d’essayer de les bouger. J’ai la trouille.