Jeudi 29 septembre

Aujourd’hui, je suis un vieux prof.

Je passe mes deux heures de trou dans la journée en salle des profs, à travailler en compagnie de la nouvelle génération. Ils viennent d’arriver, sont pour beaucoup nouveaux dans le métier et un univers de référence qui n’est plus tout à fait le mien.

Je ne suis pas largué, loin s’en faut. Mais ils se construisent leurs blagues, leurs façons de bosser et d’être, façons qui se mélangeront petit à petit aux us et coutume du collège Ylisse, et ça fait comme un courant d’air : un peu décoiffant mais tellement plus sain. Cela dit on se sent un brin plus raide, plus vieux, plus dégarni dans ses rituels à soi.

Et puis d’un coup, la fin de journée. J’ai accompagné les 6ème Glee au conservatoire, histoire de les voir dans leur découverte des instruments. À un moment, l’un des musiciens interpelle, tout naturellement, Monsieur Vivi par son prénom. Les mômes roulent de grands yeux étonnés. Monsieur Vivi se tourne vers la classe.

“Eh oui, je m’appelle comme ça. Et vous m’appelez comme ça. Mais juste au conservatoire. Comme vous pourrez appeler votre prof de solfège I., et votre prof principal H.”

Exclamations à peine étouffées “C’est comme ça qu’il s’appelle !” “Mais j’aurais jamais cru !”

Visiblement, la découverte des lettres qui composent mon prénom les emplit de bien plus d’étonnement que tous les instruments qu’on leur a présenté jusque là.

Monsieur Vivi se tourne vers moi.

“J’aurais peut-être pas dû… Tu les vouvoies en plus…
– Non. Ça ne m’était jamais arrivé. C’est très bien. C’est parfait.”

Le soir je me coupe les cheveux très courts. J’ai 33 ans. Et encore beaucoup à faire.

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