
Rencontre parents-professeurs, en plénière. On est samedi matin, il est tôt. Mais c’est pas trop trop grave non plus, parce qu’avec Monsieur Vivi, on reçoit nos classes ensembles “parce-que-c’est-des-classes-musique-et-qu’on-doit-travailler-ensemble-madame-la-principale !” ai-je plaidé de ma plus belle voix d’ado.
On est dans la salle de musique, il fait bon. Monsieur Vivi a mis du jazz et on a acheté des viennoiseries à la boulangerie. Les parents regardent, avec fatigue, méfiance ou enthousiasme les deux adultes aux rires pas toujours totalement profs, qui leurs parlent de leurs enfants. Qu’il faut avoir son matériel, savoir être autonome, que non, tout le monde ne pourra pas jouer du piano dans l’orchestre.
Je me dis qu’il faudrait que je sois professionnel jusqu’au bout, qu’il faudrait observer les parents la façon dont ils nous regardent, les subtils mouvements entre adultes et enfants pour “comprendre” la situation qui se présentera peut-être d’ici quelques semaines ou quelques mois. Je ne le fais pas. Je me donne le droit d’être heureux que pas mal de parents aient fait le déplacement, qu’ils finissent par poser des questions, après avoir été paralysés face aux deux profs qui, malgré toute leur bonne volonté, continuent à jouer les profs, dès qu’un public se présente. Je choisis d’aider Monsieur Vivi à montrer que le collège est un endroit où ils sont bienvenus, où ce que nous faisons est important, essentiel, mais pas pesant.
Et ça a l’air de marcher. On distribue tous les petits papiers bien comme il faut, on donne toutes les informations, et on échange un petit sourire satisfait face aux réactions quand on explique aux parents que non, ce n’est pas une blague, et qu’en décembre, les 5e et 6e Glee chanteront à Bercy et au Zénith.
Quelques parents s’approchent de nous, une fois la réunion finie :
“Je suis la maman de A. Il faut que je vous parle seule à seul, parce qu’il est intelligent mon fils, il sait comment jouer son rôle en toute circonstance !”
“Ah, vous êtes donc les fameux Monsieur Vivi et Monsieur Samovar ! Parfois j’aimerais demander à ma fille si elle veut que vous l’adoptiez pour me moquer d’elle, mais j’ai peur de sa réponse…”
“Vous pourriez excuser ma fille N. si elle est un peu en retard ? On ne sait pas trop où loger en ce moment. On a trouvé quelque chose, mais c’est loin, N. doit prendre deux bus et le RER.”
N. a douze ans.
“On a du mal à partir d’ici, on est tellement bien !”
Les parents repartent, l’air apaisé. Et je me dis que c’est chouette, les réunions parents-profs, si ça peut servir à ça. En sifflotant, je descends me présenter aux parents des Troisièmes Dalek, pour leur parler de l’année, du brevet, pour lier et rassurer.
Ils sont trois.