
Ne nous voilons pas la face, ça n’a pas été une super journée.
Non.
En fait ça a été une journée toute pourrie.
Je vous avais déjà parlé dans ce blog de la série de jeux Dark Souls (pour les allergiques aux jeux vidéo, ce ne sera pas bien long) : dans Dark Souls, les ennemis sont très forts et on meurt. Genre beaucoup. Et on ressuscite à chaque fois. Au bout d’un moment, on finit par s’habituer, on se dit que ça va rouler jusqu’à la fin du jeu ; et puis d’un coup, les façons de faire des adversaires changent, et vous vous faites massacrer encore. Et encore. Et encore.
Ben aujourd’hui c’est ça. Aujourd’hui, je me suis grave fait bordéliser.
Ça a commencé avec le retour des 3èmes de leur voyage en Espagne. C’est le matin, je suis heureux. J’ai acheté des croissants et j’ai mis Diana Krall en salle des profs. Monsieur Vivi entre et je dois me retenir très fort pour ne pas me précipiter et lui faire un câlin. J’essaye d’éviter les questions convenues “Alors ce voyage ?” “Pas trop de paella, en Espagne ?”
Presque immédiatement, il m’explique que le voyage a été génial pour quatre vingt dix sept mômes. Quatre vingt dix sept. Qui ont découvert une autre culture, un autre pays. Qui ont noué des liens avec des familles, dansé le flamenco avec bonheur.
“Mais y en avait sept.”
Et ça suffit. Sept qui, brutalement, aspirent tout le voyage, toute la soirée. Sept qui ont amené la cité avec eux, sept qui ont refusé de tomber le masque “môme à problème du 91″. Sept qui ont souhaité la discorde et l’ont obtenu. Au début je tente. “Mais Monsieur Vivi, tu te rends compte. Quatre vingt dix sept.”
Peine perdue. Au fur et à mesure que les autres collègues arrivent, les sept mangent l’Espagne, le voyage en bus, la plage et la statue de Christophe Colomb. À Ylisse, il ne fait pas bon être un élève moyen, je le dis toujours. Encore une fois ça se vérifie. T. me raconte son coup de sang contre H. qui faisait n’importe quoi. En plein milieu de la Sagrada Familia, je me dis que ça a dû être canon, avec sa voix de basse. Mais encore une fois, cette mythologie là, c’était parce qu’un môme manquait de respect.
“Je vais pas me faire manger, je vais pas me faire manger.”, que je me répète en entrant en cours avec les Troisièmes Dalek. Et je sais que je vais me faire manger parce que je suis trop furibard contre un seul môme, E., qui a tenté d’imposer son règne au sud, que je veux imposer ma seule volonté sans tenir compte des autres. Que pour une fois je ne veux pas faire de concessions, parce que c’est fatiguant, et qu’au final, j’ai l’impression d’être aspergé de boue.
Et évidemment ça ne marche pas.
Les mômes détectent mon agacement, mon empressement, refusent de suivre. Mes mots sont cassants, ils se brisent contre leur indifférence, de toutes façons, dans deux jours c’est les vacances, et je me retrouve comme à mes débuts. À ressasser des bouts de phrases débiles devant des élèves qui vivent leur vie sans moi.
Perdu.
Mais c’est comme dans Dark Souls. Je titube et m’effondre sans grâce. Et demain je me relèverai un peu plus gris, mais prêt à retenter la traversée, plus riche d’une expérience qui peut-être me servira, peut-être pas.
Des fois, j’aimerais juste que ce soit facile. Doux.
Alors je rentre avec Monsieur Vivi, avec T. avec M. Qui en partant, me dit qu’elle est contente qu’on puisse se parler. On ne se parlait plus assez.